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K-MIDSA
Prise en charge des auteurs d'infractions à caractère sexuel (PPSMJ) – Un outil interactif à destination des professionnels de l'administration pénitentiaire
Yoon Jeong-sook — Institut Coréen de Criminologie (KIC)
W.L. Marshall — Psychologue clinicien, Université Queen's (Canada), pionnier mondial du traitement des délinquants sexuels
J. Sims-Knight — Université du Massachusetts, co-auteur du MIDSA
Lee Soo-jung — Chercheuse au KIC
Rapport de recherche n° 12-CB-05, Institut Coréen de Criminologie, 2012
- Andrews & Bonta (2006) — Modèle RNR
- Ward (2002) — Modèle de la Bonne Vie (GLM)
- Marshall et al. (2003) — CCP et style du thérapeute
- Bartholomew & Horowitz (1991) — Attachement adulte
- Yates, Kingston & Hall (2000) — Cheminement délictuel
- Knight (2009) — MIDSA (version américaine)
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Introduction & Principes fondamentaux
Le programme K-MIDSA repose sur trois modèles complémentaires dont la synergie constitue le socle de toute intervention efficace auprès des auteurs d'infractions sexuelles.
« Le principe de Réceptivité a la plus grande influence sur l'effet du traitement. Suivre fidèlement ce principe permet d'atteindre une taille d'effet d'environ ES=.23, proche de l'effet total (ES=.28) obtenu lorsque les trois principes sont suivis. » Andrews & Bonta (2006), cité dans Yoon et al. (2012)
La durée du traitement doit être proportionnelle au niveau de risque évalué statistiquement. Les délinquants à haut risque reçoivent un traitement plus diversifié et intensif. ES = .11
🟡 Risque moyen : ~188-190 h (6 mois)
🟢 Faible risque : ~85 h (4 mois, 2 séances/sem)
Le traitement cible les facteurs criminogènes – ceux dont le lien avec la récidive est empiriquement démontré et qui peuvent changer. ES = .19
Ce principe exige d'adapter la méthode au style personnel du client, à son humeur et à son niveau de motivation quotidien. ES = .23
Utiliser les Pratiques Correctionnelles Fondamentales (CCP)Core Correctional Practices : ensemble de techniques (chaleur, empathie, modélisation, renforcement) issues de la recherche canadienne sur le traitement efficace des délinquants. — chaleur, empathie, renforcement positif, modélisation.
Adapter au style d'apprentissage individuel, aux troubles cognitifs éventuels, à la motivation changeante.
« Le Modèle de la Bonne Vie fournit un plan de vie qui, lorsqu'il est mis en œuvre efficacement, bloque les facteurs criminogènes. » Ward (2002, 2006), cité dans Yoon et al. (2012)
Ward a créé le GLM à partir de recherches sur les efforts humains (Emmons, 1999 ; Schmuck & Sheldon, 2001), un concept initialement issu des travaux de Maslow (1968) mettant l'accent sur la réalisation de soi. Ward a découvert 9 domaines dans lesquels les gens s'efforcent de réussir. Les objectifs dans ces 9 domaines sont continuellement ajustés — pour mesurer la performance, il faut se comparer à ses propres objectifs, non aux réalisations d'autrui.
Les 9 domaines de la Bonne Vie
- Vie saine – santé physique, mentale et sexuelle
- Connaissances – acquérir un savoir dans un ou deux domaines
- Excellence dans les loisirs / vie professionnelle
- Autonomie – indépendance et autodétermination
- Paix intérieure – équilibre émotionnel
- Créativité – expression et création
- Relations humaines – liens sociaux et affectifs
- Spiritualité – sens et transcendance
- Bonheur – bien-être subjectif
« La motivation est un état de préparation au changement qui peut varier selon le moment ou la situation, et non une caractéristique permanente. » Miller & Rollnick, cité dans Yoon et al. (2012)
Les 5 stades du changement (Prochaska & DiClemente, 1982)
Les 7 caractéristiques du style motivationnel efficace
- Éviter de stigmatiser : ne pas utiliser les termes « délinquant sexuel », « violeur », « pédophile » pour désigner le client. Les clients sont des personnes ayant commis un crime sexuel.
- Exprimer de l'empathie : comprendre la situation douloureuse que traverse le client.
- Éviter les disputes : exprimer des idées alternatives de façon soutenante, non polémique.
- Soutenir le sentiment d'efficacité personnelleSelf-efficacy (Bandura, 1977) : croyance en sa capacité à réaliser un changement. Directement corrélée à la motivation et aux résultats thérapeutiques. : encourager les clients à croire en leur valeur et en leur capacité à changer.
- Écouter et réagir positivement : transmettre par les mots et le langage corporel que l'on écoute réellement.
- Éviter de jouer l'expert : montrer un modèle de résolution de problèmes, être honnête quand on ne sait pas.
- Reconnaître le rôle de la résistance : reconnaître que le changement est difficile mais pas impossible.
Tous les participants commencent et terminent ensemble. Structure solide, adaptée aux thérapeutes débutants.
- Apprentissage direct et vicariant sur chaque thème
- Risque de lassitude sur les mêmes modules
- Recommandé pour les thérapeutes débutants
Admission continue. Chaque participant progresse à son propre rythme.
- Cohésion de groupe se forme plus rapidement et se maintient plus efficacement (L.E. Marshall, Serran & Marshall, 2008)
- Taux d'abandon plus faible ; dans le groupe fermé seulement 50 % de la capacité était remplie, contre 100 % en groupe ouvert (Ware & Bright, 2008)
- Motivation et estime de soi améliorées ; les thérapeutes eux-mêmes trouvent le groupe ouvert plus efficace (Hoffman, Gedanken & Zim)
- Membres expérimentés soutiennent et challengent les nouveaux — apprentissage vicariant renforcé
- Accepte les clients en urgence (peine très courte)
- Client perturbateur peut suspendre 1-2 semaines sans repartir de zéro
McGrath, Cumming & Burchard (2003) ont enquêté sur les programmes pour délinquants sexuels en Amérique du Nord : 89,9 % utilisent la thérapie de groupe, cette proportion étant particulièrement élevée dans les établissements correctionnels. Le traitement individuel reste cependant indiqué pour les clients présentant une anxiété sociale invalidante ou des préoccupations de confidentialité (Ware, Mann & Wakeling, 2009).
Deux thérapeutes de préférence, un homme et une femme (configuration optimale). Ils doivent jouer un rôle égal et servir de modèle de relation respectueuse.
8 à 10 personnes pour un thérapeute expérimenté. 6 personnes pour un thérapeute débutant. En dessous de 6 : feedback insuffisant. Au-delà de 10 : difficile de suivre chaque participant.
2h30 par séance. L'apprentissage distribué (espacé) est plus efficace que l'apprentissage massé pour la rétention à long terme.
2-3 séances par semaine selon le niveau de risque. Une séance par semaine est insuffisante pour maintenir la motivation.
Le tableau ci-dessous recense les facteurs criminogènesFacteurs empiriquement liés à la récidive sexuelle, présentant un potentiel de changement. Ils constituent les cibles prioritaires du traitement. identifiés dans la littérature (Yoon et al., 2012).
| Facteurs criminogènes CHRONIQUES | Facteurs AIGUS (déclencheurs) |
|---|---|
| Déficits de compétences interpersonnelles | Colère / hostilité situationnelle |
| Manque de capacité de prise de perspectiveCapacité à comprendre le point de vue d'une autre personne. Déficit particulièrement marqué chez les délinquants sexuels (Hanson & Scott, 1995). | Intoxication (alcool, drogues) |
| Solitude émotionnelle | Pensées sexuelles déviantes immédiates |
| Compulsion sexuelleDésignée aussi « obsession sexuelle » ou « hypersexualité ». Facteur prédictif puissant de récidive (Hanson & Bussière, 1998). Touche ~30-40% des délinquants sexuels. | Conflits relationnels soudains |
| Manque de contrôle émotionnel | Perte d'emploi / stress financier aigu |
| Intérêts sexuels déviants | Sentiment de rejet ou d'humiliation |
| Styles d'adaptation inadéquats | État d'humeur très négatif ou très positif |
| Concordance émotionnelle avec les enfants | Accès à une opportunité criminelle |
| Compétences de résolution de problèmes inefficaces | |
| Hostilité envers les femmes |
L'évaluation K-MIDSA
L'outil coréen d'évaluation multidimensionnelle, adapté du MIDSA américain (Knight, 2009), permet d'identifier les besoins criminogènes spécifiques de chaque PPSMJ avant la mise en place du traitement.
Le MIDSA (Multidimensional Inventory of Development, Sex, and Aggression, Knight, 2009) a été développé aux États-Unis pour évaluer les problèmes liés aux facteurs criminogènes propres à chaque délinquant sexuel. L'adaptation coréenne K-MIDSA a été validée sur 288 délinquants sexuels incarcérés et 190 hommes de la population générale, avec 33 sous-échelles validées lors de la première année de recherche (sur un total de 53 échelles prévues sur 3 ans).
- 109 primo-délinquants sexuels
- 179 récidivistes sexuels
- 190 hommes civils (groupe de comparaison)
- 87 victimes de moins de 13 ans
- 116 victimes de 13 à moins de 19 ans
- 205 victimes femmes adultes
- 73 délinquants d'enfants/adolescents (exclusivement)
- 133 délinquants d'adultes (exclusivement)
- 71 type mixteLes délinquants de type mixte ont commis des crimes sexuels à la fois sur des mineurs et sur des adultes. Ce groupe présente les niveaux les plus élevés de compulsion sexuelle et les habitudes paraphiliques les plus importantes — facteur de risque cliniquement crucial. (crimes sur les deux groupes)
- Récidivistes > primo-délinquants sur la compulsion sexuelle (sauf scatologie)
- Type mixte = compulsion sexuelle la plus élevée + paraphilies les plus importantes
- Agresseurs d'adolescents 13-19 ans : voyeurisme, exhibitionnisme, fétichisme et sadisme les plus élevés
- Préoccupation sexuelle : civils > délinquants (effet d'âge — les civils sont plus jeunes et plus actifs sexuellement)
La fiabilité interne (coefficient alpha de Cronbach) varie selon les domaines. Les sous-échelles majeures atteignent des niveaux satisfaisants à élevés :
- Sexualité saine (compulsion sexuelle, préoccupation) : α = .70 – .80
- Paraphilies (voyeurisme, exhibitionnisme, fétichisme, sadisme, scatologie) : α > .70 pour la plupart
- Agression sexuelle d'enfants (excitation, distorsions, sadisme) : α = .76 – .90
- Colère envahissante (diffuse, réactivité, rumination) : α = .60 – .86
- Psychopathie (manque empathie, prise de perspective) : α ≈ .50 — fiabilité plus faible
- Hypermasculinité (masculinité négative, hostilité envers femmes) : α ≈ .50 — différences culturelles probables
- Les sous-échelles à α faible font l'objet d'un développement d'items supplémentaires en 2ème année
Domaines évalués et correspondance thérapeutique
| Domaine K-MIDSA | Sous-échelles principales | Fiabilité (α) | Module de traitement correspondant |
|---|---|---|---|
| Sexualisation | Compulsion sexuelle, Préoccupation sexuelle, Adéquation masculine | .70 – .80 | Obsession sexuelle, Sexualité saine |
| Paraphilies | Voyeurisme, Exhibitionnisme, Fétichisme, Sadisme sexuel, Scatologie | > .70 | Sexualité déviante, Aversion olfactive |
| Agression sexuelle d'enfants | Excitation envers les enfants, Distorsions cognitives, Sadisme pédophile | .76 – .90 | Déviance sexuelle, Empathie envers la victime |
| Psychopathie | Manque d'empathie, Manque de prise de perspective | ~.50 | Empathie, Compétences interpersonnelles |
| Hypermasculinité | Masculinité négative (Adéquation masculine), Hostilité envers les femmes | ~.50 | Relations interpersonnelles, Intimité |
| Colère envahissante | Colère diffuse, Réactivité émotionnelle, Rumination | .60 – .86 | Gestion des émotions, Adaptation |
Autre résultat notable : les civils obtiennent des scores de Préoccupation sexuelle supérieurs aux délinquants — effet d'âge (les civils sont plus jeunes et sexuellement plus actifs). Ceci confirme que la préoccupation sexuelle seule n'est pas un facteur criminogène ; c'est la compulsion (sentiment d'incontrôlabilité) qui l'est.
Domaine Sexualité
- Compulsion sexuelle — Impulsions répétées, sentiment d'incontrôlabilité, fréquence élevée
- Préoccupation sexuelle — Ruminations, fantasmes envahissants, difficultés de concentration
- Adéquation masculine — Insécurité quant aux performances sexuelles, besoin de prouver sa virilité
- Voyeurisme — Excitation à observer des personnes à leur insu
- Exhibitionnisme — Impulsion à exposer ses organes génitaux
- Fétichisme — Focalisation sur des objets ou parties du corps non génitales
- Sadisme sexuel — Excitation par la souffrance ou l'humiliation d'autrui
- Scatologie téléphonique — Appels obscènes, fantasmes associés
Agression sexuelle d'enfants
- Excitation envers les enfants — Intérêt sexuel persistent envers les mineurs
- Distorsions cognitives — enfants — Croyances légitimant les contacts sexuels avec mineurs
- Sadisme pédophile — Excitation par la souffrance d'un enfant
- Concordance émotionnelle — Identification et préférence pour la compagnie des enfants
Agression sexuelle d'adultes
- Distorsions cognitives — femmes — Croyances justifiant la coercition sexuelle sur adultes
- Sexualité coercitive — Recours à la force ou à la manipulation dans les relations sexuelles
Émotions & Personnalité
- Psychopathie — affect — Absence de remords, manque d'empathie affective
- Psychopathie — interpersonnel — Manipulation, mensonge, grandiosité
- Psychopathie — comportement — Impulsivité, irresponsabilité, antisocialité
- Hypermasculinité — Attitudes violentes légitimées, virilité exacerbée
- Hostilité envers les femmes — Misogynie, ressentiment, blâme
- Colère diffuse — État de colère chronique, faible seuil d'irritabilité
- Réactivité émotionnelle — Débordement émotionnel face au stress
- Rumination — Pensées répétitives de colère, vengeance
Relations & Attachement
- Solitude émotionnelle — Sentiment d'isolement affectif, manque de liens intimes
- Compétences sociales — Déficits dans l'initiation et le maintien des relations
- Déficits d'empathie — Difficultés à reconnaître les émotions d'autrui
- Prise de perspective — Incapacité à se mettre à la place de l'autre
- Attachement anxieux — Peur de l'abandon, dépendance affective
- Attachement évitant — Distance émotionnelle, rejet de l'intimité
Autorégulation
- Impulsivité générale — Difficultés à inhiber les réponses immédiates
- Styles d'adaptation inadéquats — Évitement, alcool, dissociation
- Résolution de problèmes — Compétences déficitaires face aux difficultés quotidiennes
Lecture des scores T
| Score T | Interprétation | Action |
|---|---|---|
| < 50 | En dessous de la moyenne | Pas d'intervention prioritaire sur ce domaine |
| 50–59 | Dans la moyenne | Surveillance — peut devenir problématique |
| 60–64 | Au-dessus de la moyenne | À inclure dans la conceptualisation de cas |
| ≥ 65 | Besoin clinique significatif | Cible thérapeutique prioritaire |
| > 70 | Besoin critique | Intervention immédiate, adapter l'intensité |
Vignette clinique illustrative
M. X., 34 ans, agresseur d'enfants : T=72 (Compulsion sexuelle), T=68 (Concordance émotionnelle), T=58 (Solitude émotionnelle), T=55 (Hostilité), T=48 (Colère).
Plan de traitement prioritaire : ① Obsession sexuelle (satiété + journal de fantasmes) ② Concordance émotionnelle (distorsions cognitives envers enfants) ③ Compétences d'intimité (solitude). Intensité : programme complet 310h (haut risque).
Le K-MIDSA est administré avant la mise en œuvre du programme de traitement afin d'identifier les caractéristiques liées aux besoins criminogènes de chaque client. Le thérapeute :
- Fait passer le questionnaire auto-rapporté (durée : 45-60 min) après obtention du consentement éclairé
- Calcule les scores T et identifie les sous-échelles T ≥ 65 comme cibles prioritaires
- Établit une conceptualisation de casCase formulation : analyse individualisée des facteurs distaux et proximaux du comportement délictueux, des forces et des besoins du client, constituant la base du plan de traitement personnalisé. individualisée reliant les scores aux éléments biographiques
- Définit les objectifs de traitement prioritaires et les intègre dans le plan de Bonne Vie
- Adapte l'intensité et la durée du traitement selon le niveau de risque global
Une sous-échelle de coercition sexuelle (MIDSA-Sexual Coercion Scale) a été développée et validée à partir des items du MIDSA (Knight, 2009) sur 529 PPSMJ américains (Raiche et al., CrimRxiv, 2024). La version très courte (5 items) présente d'excellentes propriétés psychométriques.
- Manipulation / chantage — rapport complet (r=.78, le plus fréquent)
- Exploitation d'une personne intoxiquée — rapport complet (r=.73)
- Administration alcool / drogues — rapport complet (r=.74, tactique préméditée)
- Menaces de force physique — rapport complet (r=.72, α-IRT=2.63)
- Force physique — rapport complet (r=.75, α-IRT=2.68, le plus discriminant)
- Fiabilité globale : α = 0.80 (bonne cohérence interne)
- Validité convergente : psychopathie r=.17–.41 · sexualisation r=.24–.31
- Continuum agonistique (sadisme) : r=.46 — fort lien
- Délinquance juvénile : r=.18–.32 · Délinquance adulte : r=.22–.39
- Seule exception : anxiété envers les femmes non significative
Complétez le questionnaire ci-dessus puis cliquez sur « Calculer les scores » pour voir votre profil.
Manuel générique
Ce manuel constitue la base théorique et méthodologique à étudier avant toute mise en œuvre des programmes. Il détaille les principes opérationnels et les compétences à développer en thérapie.
« L'effet du traitement est maximisé lorsque le thérapeute fait preuve d'empathie et de chaleur, encourage de manière appropriée le changement prosocial et fournit quelques directives au client. Ces caractéristiques expliquaient 30 % à 60 % des changements produits par la thérapie. » Marshall, Serran, Fernandez et al. (2003)
| Dimension du style | Corrélation r avec le résultat | Source |
|---|---|---|
| Encouragement | r = .67 | Marshall et al. (2003) |
| Partage de soi (ouverture appropriée) | r = .47 | Marshall et al. (2003) |
| Directivité | r = .46 | Marshall et al. (2003) |
| Empathie | r = .26 | Marshall et al. (2003) |
| Chaleur | r = .23 | Marshall et al. (2003) |
| CCP global (agents de probation) | r = .41 | Bourgon & Armstrong (2005) |
- Chaleureux, empathique, soutenant
- Non punitif, non confrontationnel
- Ouvert, respectueux
- Communication efficace
- Ouverture de soi appropriéePartager ponctuellement une expérience personnelle difficile (ex : un chagrin d'amour adolescent) pour humaniser la relation thérapeutique et montrer au client qu'il est possible de surmonter les épreuves.
- Renforcement positif immédiat et spécifique
- Modélisation des attitudes prosociales
- Jeux de rôle (role-play)
- Devoirs entre séances (généralisation)
- Ignorance des comportements antisociaux
Le programme utilise les principes du conditionnement opérantSkinner (1938) : les comportements dont les conséquences sont agréables augmentent en fréquence (renforcement), ceux dont les conséquences sont désagréables diminuent (punition). et du conditionnement classiquePavlov (1906) : un stimulus neutre associé répétitivement à un stimulus inconditionnel finit par déclencher la même réponse. Base des thérapies par aversion olfactive..
Présenter un événement agréable (compliment sincère, activité valorisante) après un comportement souhaitable. Récompenser immédiatement et spécifiquement.
Diminution progressive d'un comportement problématique. Des réapparitions spontanéesSpontaneous recovery : recrudescence temporaire d'un comportement en cours d'extinction. Toujours déclenchée par un événement ou un état émotionnel, jamais « spontanée ». surviennent mais ne signifient pas un échec.
Les distorsions cognitivesProduits cognitifs déformés générés par des schémas inadaptés, activés par l'état émotionnel ou la situation. Ex : « les femmes méritent d'être violées » ou « les enfants désirent les relations sexuelles avec les adultes ». résultent de schémas sous-jacents activés par l'état intérieur actuel.
« Le déni n'est pas un facteur criminogène (Hanson & Bussière, 1998). Il n'est donc pas approprié de cibler la confrontation au déni comme objectif de traitement. » Yoon et al. (2012)
Les distorsions cognitives se révèlent naturellement lors des discussions sur les sujets appropriés (relations, autobiographie) et doivent être défiées continuellement tout au long du traitement, non dans un module dédié.
Les délinquants sexuels présentent des déficits marqués dans la reconnaissance de leurs propres émotions et de celles des autres (Hudson et al., 1993). Violeurs et agresseurs d'enfants interprètent la colère, la peur et le dégoût comme de la surprise.
Formation à identifier ses propres émotions et celles des autres. L'expression libre des émotions dans le groupe est activement encouragée.
Ni inhibition totale (nocive psychophysiologiquement), ni expression incontrôlée (destructrice des relations). Équilibre conscient.
La TRS-2 est utilisée en fin de traitement pour évaluer si les objectifs thérapeutiques ont été atteints. Chaque item est évalué sur trois dimensions : Compréhension cognitive · Acceptation · Expression (1 à 4).
| Dimensions évaluées | Indicateurs observables |
|---|---|
| 1. Initiative et responsabilité | Croit pouvoir contrôler sa vie, assume la responsabilité de changer, identifie les étapes pour atteindre ses objectifs |
| 2. Empathie générale | Perçoit les sentiments des autres, comprend les situations d'autrui, répond de manière appropriée |
| 3. Attitude prosociale | Agit de façon prosociale, confronte les attitudes antisociales des autres, coopère avec le suivi |
| 4. Capacité d'adaptation | Réagit au stress avec des émotions appropriées, affronte les problèmes, peut les résoudre |
| 5. Compétences pour l'intimité | Considère les autres comme ayant de la valeur, se dévoile de manière appropriée, maintient des relations |
| 6. Estime de soi positive | Croyances réalistes sur ses capacités, discours interne positif, sans humour auto-dévalorisant |
| 7. Autorégulation générale | S'adapte à des environnements changeants, n'est pas impulsif, stabilité émotionnelle |
| 8. Autorégulation sexuelle | N'utilise pas le sexe comme mode d'adaptation, n'est pas obsédé, intérêts sexuels normaux |
| 9. Compréhension des facteurs de risque | Connaît les situations à risque, accepte le feedback |
| 10. Plan de vie future | Objectifs réalistes, soutien communautaire, activités de loisir, compétences professionnelles |
Programme de renforcement de la motivation
Face à des taux de refus de traitement pouvant atteindre 80%, ce programme de 14 séances (environ 2 mois) prépare les PPSMJ à s'engager dans le programme régulier.
Un nombre considérable de PPSMJ manifeste une résistance à participer au programme en raison de la honte, du rejet, de l'inconfort lié à la révélation des crimes. Cela entraîne une baisse de la participation et de la satisfaction au programme, et peut conduire à l'abandon.
Indiqué pour les personnes à faible volonté de participation. Peut être mis en œuvre pendant la période d'évaluation de classification ou en attente du traitement régulier. Peut aussi être utilisé en groupe ouvert avec les participants les moins motivés.
Récapitulatif des 14 séances
| Séances | Thème | Nb. | Objectifs principaux |
|---|---|---|---|
| 1 | Introduction | 1 | Présentation du programme, règles du groupe, confidentialité, fiche d'activité sur l'estime de soi |
| 2345 | Processus de formulation de cas Autobiographie + Déclencheurs | 4 | Séances 2-3 : Autobiographie — histoire de vie complète (enfance, adolescence, vie adulte, relations, travail, événements positifs ET négatifs). Séances 4-5 : Déclencheurs immédiats du passage à l'acte — cheminement délictuel, facteurs distaux et proximaux |
| 6 | Analyse coûts-bénéfices | 1 | Explorer les pour et contre du changement pour renforcer la motivation intrinsèque |
| 78 | Estime de soi | 2 | Identifier les points forts, distinguer honte et culpabilité, développer l'auto-acceptation |
| 910 | Empathie | 2 | Modèle de Marshall (4 étapes), lettre de la victime, développer la prise de perspective |
| 1112 | Résolution de problèmes & Adaptation | 2 | Les 3 styles d'adaptation (centré problème, émotion, évitement), entraînement aux compétences |
| 1314 | Regard vers l'avenir | 2 | Roue de la Bonne Vie, fixation d'objectifs SMART, plan de vie |
Détail des séances
- Accueil et présentation de chacun
- Explication du programme et de ses objectifs
- Établissement des règles du groupe (confidentialité, respect, participation active)
- Explication des limites de la confidentialité (obligation de signalement)
- Fiche d'activité sur l'estime de soi (voir exercice interactif)
- Encourager les clients à se décrire comme « une personne ayant commis un crime sexuel » et non comme « délinquant sexuel »
- La honte est un obstacle au changement ; la culpabilité, non
- Créer un climat chaleureux dès la première séance
- Expliquer que les affiches des objectifs thérapeutiques resteront au mur
L'autobiographie permet d'identifier les facteurs distaux (contextuels, chroniques) qui ont préparé le terrain du passage à l'acte, et de faire émerger les forces du client souvent ignorées par lui-même.
- Relations familiales (parents, fratrie)
- Expériences d'enfance (positives ET négatives)
- Adolescence : amis, amours, école
- Vie adulte : travail, couple, loisirs
- Santé physique et mentale
- Événements marquants jugés importants par le client
- Les clients omettent souvent les événements positifs → les demander explicitement
- Une majorité des PPSMJ ont subi des maltraitances (Marshall & Marshall, 2000)
- Ne pas forcer la révélation détaillée du crime
- Demander une autobiographie révisée incluant les forces
Le modèle d'empathie de Marshall (4 étapes) guide l'intervention. L'objectif n'est pas de forcer les aveux, mais de développer la capacité à reconnaître les émotions d'autrui.
La majorité des PPSMJ correspondent au parcours intermédiaire : ils bloquent leur empathie pour protéger leur propre estime de soi. Traitement prioritaire : renforcer l'estime de soi et la régulation émotionnelle avant d'aborder l'empathie envers la victime. Pour les clients du parcours supérieur (hostiles, sadiques) : réduire d'abord l'hostilité par la discussion et le feedback, puis suivre le parcours intermédiaire. Note : les délinquants sexuels psychopathes répondent étonnamment aussi bien que les autres à cette approche (Yoon et al., 2012).
L'objectif est d'identifier les facteurs distaux et proximaux précédant le crime, en utilisant le modèle du cheminement délictuel comme grille de lecture. Le client apprend à nommer les étapes sans avoir à décrire le crime en détail.
- Présenter le modèle comme un outil de compréhension, non de jugement
- Partir des étapes les plus éloignées du crime (facteurs distaux) pour réduire la menace
- Ne pas exiger le récit détaillé du passage à l'acte
- Se concentrer sur les états mentaux et émotionnels, pas sur les actes
Thérapeute : « Avant de parler de l'incident lui-même, j'aimerais comprendre comment vous vous sentiez dans les jours ou les semaines qui ont précédé. Quelles difficultés traversiez-vous à ce moment-là ? »
Client : « J'avais perdu mon emploi… ma femme voulait me quitter… »
Thérapeute : « Ces situations étaient clairement très difficiles. Comment les avez-vous gérées à l'époque ? »
L'analyse coûts-bénéfices est un outil central de l'entretien motivationnelMiller & Rollnick : technique consistant à explorer explicitement l'ambivalence face au changement pour renforcer la motivation intrinsèque. Ne pas confronter, mais refléter.. Elle permet d'externaliser et d'explorer l'ambivalence sans confrontation.
- Présenter les 4 quadrants au tableau
- Demander à chaque participant de remplir son propre tableau
- Partage en groupe — le thérapeute ne juge pas, il reflète
- Souligner les avantages du changement cités par le client lui-même
- Conclure par : « Compte tenu de tout cela, vers quoi aimeriez-vous aller ? »
- Argumenter contre les avantages de ne pas changer → renforce la résistance
- Minimiser les inconvénients du changement perçus par le client
- Conclure à la place du client : le thérapeute ne dit pas « donc vous devez changer »
- Ne pas laisser suffisamment de temps pour que le client remplisse le tableau
« Le but n'est pas de convaincre le client de changer, mais de créer les conditions dans lesquelles il se convainc lui-même. » Miller & Rollnick (2002)
Les délinquants sexuels présentent une faible estime de soi mais aussi, paradoxalement, une haute estime de soi fragileBaumeister et al. (1996) : certains individus ont une estime de soi apparemment haute mais extrêmement instable, qui s'effondre face à la critique. Ce profil est associé à la violence réactive. dans certains domaines (Marshall et al., 1997). L'objectif est de développer une estime de soi stable et réaliste.
La honte (« je suis mauvais ») est paralysante et favorise le déni, la résistance et l'abandon. La culpabilité (« j'ai fait quelque chose de mal ») est motivatrice et favorise la réparation. L'objectif thérapeutique est de déplacer la honte vers la culpabilité.
- Présenter la fiche d'activité sur l'estime de soi (6 domaines)
- Chaque participant remplit la fiche individuellement
- Partage en groupe : chacun présente 3 forces identifiées
- Le groupe ajoute les forces qu'il observe chez le présentateur
- Révision de la fiche complétée à domicile
- Construction de la carte des forces personnelles
- Exercice d'auto-affirmation positive (verbaliser devant le groupe)
- Devoir : noter chaque jour une action dont on est fier
Les 3 styles d'adaptation aux problèmes
Affronter directement la situation problématique. Chercher et mettre en œuvre des solutions concrètes. Adaptatif
Gérer ses émotions face à un problème difficilement modifiable. Peut être adaptatif ou dysfonctionnel selon le contexte.
Fuir la situation (consommation de drogues, pornographie). Soulagement à court terme, aggravation à long terme. Inadaptatif
| Style | Exemples adaptatifs | Exemples inadaptatifs | Résultat à long terme |
|---|---|---|---|
| Centré problème | Chercher de l'aide, planifier des actions, négocier | Contrôle excessif, perfectionnisme paralysant | Résolution durable |
| Centré émotion | Verbaliser, méditer, exercice physique, chercher du soutien | Rumination, catastrophisme, dépendance affective | Variable selon le contexte |
| Évitement | Pause temporaire avant d'agir (si délibérée) | Alcool, drogues, pornographie, isolement, colère explosive | Escalade des problèmes |
En séance : identifier les styles utilisés par le client dans le passé, pratiquer des alternatives par jeu de rôle. Souligner qu'une bonne adaptation ne produit pas toujours les résultats attendus des autres — mais génère une satisfaction personnelle authentique.
Ces deux dernières séances du programme préparatoire constituent le pivot vers le traitement régulier. Elles transforment la réflexion sur le passé en projet de vie concret et positif.
- Présentation des 9 domaines de la Bonne Vie
- Chaque client évalue son niveau de satisfaction actuel (0-10) dans chaque domaine
- Identification des 2-3 domaines prioritaires à développer
- Discussion : comment le comportement délictueux a-t-il détruit certains domaines ?
- Devoir : dessiner ou compléter sa roue personnelle
- Révision des roues complétées
- Pour chaque domaine prioritaire : formuler un objectif SMART
- Présentation au groupe — feedback bienveillant
- Bilan du programme préparatoire : « Qu'est-ce que vous emportez ? »
- Transition : présentation du programme régulier
Programme de traitement régulier
87 à 100 séances, réparties en 3 phases, pour les PPSMJ à haut risque. L'approche basée sur les forces (GLM) guide l'ensemble du programme.
« Le thérapeute doit insister sur le fait que la participation efficace du délinquant sexuel à tous les aspects du traitement constituera la preuve de cette responsabilisation face à l'avenir. » Yoon et al. (2012) – Manuel du programme régulier
| Séances | Module | Objectifs |
|---|---|---|
| 1-2 | Introduction & règles | Confidentialité, présentation des objectifs du traitement, alliance thérapeutique |
| 3-6 | Regard vers l'avenir | Roue de la Bonne Vie (4 séances), exploration des 9 domaines, espoir |
| 7 | Fixation d'objectifs | Objectifs SMART, plan de vie concret |
| 8-9 | Analyse coûts-bénéfices | Ambivalence face au changement, renforcement de la motivation |
| 10-15 | Autobiographie |
Histoire de vie complète, facteurs distaux, forces, expériences marquantes. La cohésion de groupe prédit des résultats positifs dans le traitement des délinquants sexuels (Beech & Fordham, 1997). L'autobiographie renforce cette cohésion en permettant une identification mutuelle. Exemples de retours positifs obligatoires (Manuel) : « Merci d'avoir partagé en détail » · « Vous avez couvert toutes les périodes de votre vie » · « Cela semble être un récit sincère » · « Vous êtes bien conscient des problèmes de votre vie » · « Vous reconnaissez bien vos points forts » · « Vous avez très bien fait ». Ces retours doivent précéder toute question. |
| 16-21 | Déclencheurs immédiats du comportement délictueux | Cheminement délictuel, facteurs proximaux, états désinhibiteurs |
| 22-25 | Estime de soi |
Fiche d'activité (Annexe 7), carte des forces, auto-affirmations. Les 3 procédures de Marshall pour renforcer l'estime de soi :
Lecture de la carte : avant le petit-déjeuner, au déjeuner, après le dîner, et juste avant de se coucher — chaque point lu au moins deux fois, de manière assurée et ferme. |
| Séances | Module | Objectifs |
|---|---|---|
| 26-31 | Gestion des émotions & Adaptation |
6 séances structurées :
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| 32-35 | Empathie |
4 séances selon le modèle de Marshall, Hudson, Jones & Fernandez (1995) :
⚠ Prérequis : estime de soi renforcée (séances 22-25). Ces lettres ne doivent JAMAIS être envoyées à la victime réelle — le documenter dans le dossier. |
| 36-41 | Intimité |
Formation des relations intimes. Les 4 composantes fondamentales d'une relation intime :
Distinguer solitude émotionnelle (absence de liens intimes) de solitude sociale (absence de contacts). On peut être entouré et seul émotionnellement — ce qui est la forme la plus douloureuse et la plus criminogène. |
| 42-43 | Isolement |
Identifier la nature de la solitude (émotionnelle vs sociale). Stratégies :
|
| 44-49 | Attachement |
6 séances — modèle de Bartholomew & Horowitz (1991) :
|
| 50-61 | Compétences interpersonnelles |
7 thèmes selon le manuel :
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| 62 | Jalousie Session dédiée |
Distinguer deux types fondamentaux :
Faire prendre conscience que rendre l'autre jaloux intentionnellement est également destructeur — la jalousie n'est pas une preuve d'amour mais d'amour destructeur. |
| 63-65 | Sexualité saine |
Éducation sexuelle centrée sur la satisfaction mutuelle (pas l'anatomie). Points clés du manuel :
|
| 66-68 | Obsession sexuelle |
Prévalence : L.E. Marshall et al. (2008) : environ 40 % des délinquants sexuels présentent une obsession sexuelle cliniquement significative. C'est l'un des prédicteurs les plus puissants de récidive sexuelle (Hanson & Bussière, 1998). Définition opérationnelle : impulsions ou comportements sexuels répétitifs, intenses, difficilement contrôlables, qui interfèrent avec les obligations quotidiennes et les relations. À distinguer de la fréquence sexuelle normale (très variable). Traitement : ① Thérapie cognitive : surveiller les pensées, les stopper activement, les remplacer par des pensées adaptées ② ISRS (ex. sertraline) si obsession invalide la participation au traitement ③ Anti-androgènes en dernier recours (cas les plus sévères) |
| 69-74 | Sexualité déviante | Évaluation de l'intérêt déviant, aversion olfactive, masturbation dirigée, satiété |
| Style | Vue de soi | Vue des autres | Comportement interpersonnel | Niveau d'intimité |
|---|---|---|---|---|
| Sécure | + Positive | + Positive | À l'aise avec l'intimité, recherche le soutien émotionnel, réciprocité | Élevé |
| Préoccupé | - Négative | + Positive | Cherche constamment l'approbation, dépendant dans les relations, satisfait les besoins via le sexe | Fluctuant, insatisfait |
| Craintif | - Négative | - Négative | Désire l'intimité mais craint le rejet, maintient une distance protectrice | Superficiel, insatisfait |
| Détaché | + Positive | - Négative | N'accorde aucune valeur à l'intimité, se dévoile peu, blâme les autres | Faible, souvent inexistant |
Le style d'attachement insécurisé (préoccupé, craintif ou détaché) est un facteur de risque majeur. Le thérapeute aide le client à identifier son style et à comprendre comment il a influencé ses relations passées.
A. Techniques pour réduire l'intérêt déviant
Associer les pensées/images sexuelles déviantes à une odeur nauséabonde (Garcia, Ervin & Koelling, 1966). Les odeurs utilisées dans les études incluent : acide valérique, mercaptoéthanol (odeur de putréfaction), ou viande avariée. Effets comportementaux puissants et durables — les associations olfactives sont parmi les plus résistantes à l'oubli (Rolls & Rolls, 1997 — adaptation sensorielle spécifique aux odeurs déplaisantes).
Procédure : ① Se détendre et permettre à l'image déviante de se développer pleinement ② Inhaler fortement l'odeur ③ Répéter jusqu'à ce que la pensée soit associée à la nausée. Plusieurs séances de pratique à domicile entre les séances thérapeutiques.
Inhaler du sel d'ammoniac (sels stimulants) dès l'apparition de pensées déviantes. Transmis par le système de la douleur et non le système olfactif — réaction aversive courte mais intense. Très utile pour les exhibitionnistes et autres délinquants en situation réelle : le client porte un petit flacon et l'utilise dès qu'une pensée déviante apparaît. Données d'efficacité robustes (Marshall, 2006).
Avantage clé : peut être utilisé en milieu naturel (transport en commun, espace public) sans attirer l'attention.
Associer les pensées déviantes à l'imagination de conséquences réalistes et désagréables (Cautela, 1967). Paradigme associationniste — le changement résulte de la simple association, non de la punition. Efficace pour éliminer pensées, impulsions et comportements déviants (Marshall, 2007).
Procédure : ① Le client s'imagine dans une scène déviante ② Juste avant le moment critique, il imagine une conséquence réaliste et aversive (être vu, arrêté, visage horrifié de sa famille) ③ Il s'imagine ensuite résolument tourner le dos et se sentir soulagé. Les conséquences imaginées doivent être réalistes (pas fantastiques) pour être efficaces. Utilisée en combinaison avec la satiété.
B. Techniques pour augmenter l'intérêt adapté
Origine : McGuire, Carlisle & Young (1965) — théorie étiologique selon laquelle les délinquants sexuels ont développé leurs intérêts déviants en se masturbant à des fantasmes déviants. Technique développée par Marquis (1970) et Marshall (1971).
Procédure : ① Identifier avec le client des fantasmes sexuels appropriés (adulte consentant, sexe préféré) ② Si le client ne ressent aucune attirance envers des adultes : commencer par des images légèrement déviantes et les déplacer progressivement vers des images de partenaires adultes. S'arrêter systématiquement à l'orgasme sur une image adaptée ③ Entraîner à utiliser ces pensées lors de la masturbation. La pratique répétée augmente l'attirance par renforcement (Laws & Marshall, 1991).
Après l'orgasme, le client entre en période réfractaire (~90 à 120 secondes post-orgasme — Masters & Johnson, 1966) : état de non-réponse sexuelle physiologique. Durant les 10 minutes suivant l'orgasme, le client répète des fantasmes déviants sans se masturber. Les fantasmes déviants sont associés à l'absence de renforcement → extinction.
Procédure modifiée (Marshall, 1975, 1977, 1979) : la procédure originale (Marquis, 1970) durait 1 heure — trop longue, mauvaise observance. Marshall a réduit à 10 minutes post-orgasme — beaucoup plus efficace en pratique. Le client enregistre ses séances sur cassette (vérification thérapeute). À pratiquer 6 semaines minimum. Résultat : élimination ou réduction significative des fantasmes déviants dans 85 % des cas.
C. Traitement médicamenteux (dernier recours)
ISRS (ex : sertraline) : si l'obsession sexuelle est si forte qu'elle empêche la participation au traitement comportemental. Efficace pour réduire l'obsession sexuelle (Kafka, 2007).
Anti-androgènes : acétate de médroxyprogestérone (Provera), acétate de cyprotérone (Androcur), acétate de leuprolide (Lupron). Réduisent la testostérone à un niveau permettant un meilleur contrôle. À utiliser de manière limitée pour les cas les plus sévères ne répondant pas aux thérapies comportementales. Surveiller les effets secondaires.
D. Outils de suivi (Annexes du programme régulier)
Suivi quotidien des pensées/fantasmes sexuels selon leur nature (déviant D / adapté A), leur durée et leur intensité (1-2-3). Permet d'objectiver l'évolution sur plusieurs semaines. Outil de monitoring clinique — supervision professionnelle obligatoire.
Relevé hebdomadaire des actes de soulagement sexuel (masturbation / rapports) et des pulsions. Utilisé pour évaluer l'évolution de l'obsession sexuelle et l'efficacité des interventions comportementales.
Mesure de la réponse érectile (circonférence pénienne) lors de la présentation de stimuli sexuels variés — étalon-or pour évaluer l'intérêt déviant persistant. Nécessite un équipement spécialisé. Alternative : Échelle de dépistage de l'intérêt pédophilique de Seto & Lalumière (2001), fortement corrélée aux résultats phallométriques (Seto, Harris, Rice & Barbaree, 2004).
| Séances | Module | Objectifs |
|---|---|---|
| 75-80 | Plans de Bonne Vie |
Retour sur la Roue de la Bonne Vie (comparaison avec la roue initiale de Phase 1 — objectiver les progrès). Fixation d'objectifs SMART pour l'après-libération. Stratégies d'autogestion émotionnelle. Données de résultat (étude coréenne) : sur 535 délinquants sexuels sur 5,4 ans : taux de récidive sexuelle de 3,2 % après traitement complet vs 16,8 % sans traitement (p < .001). L'atteinte des objectifs thérapeutiques TRS-2 est le principal médiateur de cet effet (Marques et al., 2005).
|
| 81-82 | Stratégies pour éviter la rechute | Identification des situations à risque, plans de gestion, généralisation des compétences acquises. Objectif d'approche (Bonne Vie) préféré à l'objectif d'évitement (ne pas récidiver) — efficacité supérieure à long terme (Mann et al., 2004) |
| 83-85 | Groupes de soutien |
Identifier et consolider le réseau de soutien pour la période post-libération :
Exercice : rédiger la liste concrète de ces 3 niveaux de soutien avec coordonnées — à conserver et à réviser avant la libération. |
| 86-87 | Plan de fin de traitement |
Rapport final de traitement incluant :
|
Utiliser le programme en individuel
Comment les CPIP et psychologues du SPIP peuvent adapter les exercices de groupe en entretiens individuels dans le cadre du suivi en milieu ouvert ou de la probation.
| Exercice | Faisabilité individuel | Modalité d'adaptation | Séance type |
|---|---|---|---|
| Autobiographie | ★★★ Excellent | Entretien narratif semi-structuré ; écriture entre séances ; ligne du temps | 2-4 séances de 60 min |
| Analyse coûts-bénéfices | ★★★ Excellent | Remplir ensemble ou donner en devoir ; débriefing en séance suivante | 1 séance de 60 min |
| Fiche estime de soi | ★★★ Excellent | Le CPIP peut ajouter ses propres observations des points forts du client | 2 séances (remplissage + révision) |
| Roue de la Bonne Vie | ★★★ Excellent | Support visuel idéal ; explorer chaque domaine par questionnement ouvert | 1-2 séances de 60 min |
| Objectifs SMART | ★★★ Excellent | Relier directement au plan de suivi judiciaire et aux conditions de liberté | 1-2 séances de 60 min |
| Cheminement délictuel | ★★★ Excellent | Contexte privilégié pour ce travail sensible ; permet une progression au rythme du client | 3-5 séances de 60 min |
| Attachement adulte | ★★★ Excellent | Questionnaire auto-rapporté, débriefing clinique riche possible | 1 séance de 45-60 min |
| Lettre de la victime | ★★☆ Adapté | Le professionnel guide la rédaction séquentiellement ; attention à la régulation émotionnelle | 2-3 séances espacées de 60 min |
| Gestion des émotions (3 façons) | ★★☆ Adapté | Compenser l'absence de pairs par des vignettes cliniques fictives | 1-2 séances de 60 min |
| Jeux de rôle interpersonnels | ★☆☆ Difficile | Le CPIP/psychologue joue le rôle du partenaire ; feedback limité sans pairs | À intégrer dans séances thématiques |
| Résolution de conflits | ★☆☆ Difficile | Utiliser des scénarios écrits ; débriefer sans simulation directe | À intégrer dans séances thématiques |
« L'alliance thérapeutique est le prédicteur le plus robuste de l'issue du traitement, quelle que soit la modalité (groupe ou individuel). » Horvath & Symonds, 1991 — méta-analyse 24 études, r = .26
- Clarifier la double posture du CPIP (mandataire judiciaire ET personne de soutien)
- Expliquer les limites de la confidentialité dans le cadre pénal (obligation de signalement)
- Présenter les objectifs en termes positifs : « Ce que vous voulez construire »
- Signer ensemble un « contrat d'engagement » informel sur les objectifs et le rythme
- Demander au client : « Qu'est-ce que vous attendez de ces séances ? »
- Rappeler les progrès à chaque séance (renforcement positif)
- Nommer les ambivalences sans les confronter
- En cas de résistance : revenir à l'analyse coûts-bénéfices
- Adapter le rythme aux événements de vie (sanction disciplinaire, transfert, visite familiale)
- Maintenir la continuité malgré les ruptures de suivi — reprise sans stigmatisation
Présenter le modèle comme outil de compréhension, pas de jugement. Commencer par les facteurs les plus éloignés dans le temps (enfance, histoire de vie). Relier à l'autobiographie déjà travaillée. Ne pas aborder les faits ce jour-là.
Travailler sur l'événement déclencheur et la détresse subjective. Utiliser des questions ouvertes : « Comment vous sentiez-vous dans les jours précédents ? » Identifier les états désinhibiteurs sans les nommer comme « excuses ».
Identifier ensemble les 2-3 points d'intervention les plus précoces dans le cheminement. Relier à la Roue de la Bonne Vie : quel domaine non satisfait a contribué aux facteurs distaux ? Intégrer dans les objectifs SMART du plan de suivi.
- Poser le cadre légal clairement dès le début (injonction de soins, suivi judiciaire, obligations)
- Utiliser les 7 caractéristiques du style motivationnel (voir section Introduction)
- Ne jamais exiger le récit détaillé du crime — se concentrer sur les états mentaux
- Ancrer les objectifs dans le projet de vie, pas uniquement dans la prévention du risque
- Utiliser les supports papier (fiches Word téléchargeables) pour concrétiser et garder une trace
- Adapter le rythme au niveau de motivation et aux capacités du client (déficits cognitifs éventuels)
- Travailler sur un seul outil par séance — ne pas surcharger
- Coordonner avec le médecin ou psychiatre de l'injonction de soins et partager les progrès
Scripts d'entretien SPIP — Verbatim complets
Durée : 45-60 min · Objectif : établir le cadre légal, poser les bases de l'alliance, explorer les attentes
« Bonjour [Prénom]. Je suis [Nom], Conseiller Pénitentiaire d'Insertion et de Probation. Je vais être votre référent(e) dans le cadre de votre suivi. Avant de commencer, j'aimerais qu'on prenne un moment pour qu'on se présente et que je vous explique comment ça va fonctionner. »
« Mon rôle est particulier, et je veux être honnête avec vous dès le début. D'un côté, je suis mandaté par le tribunal — je dois vérifier que vous respectez vos obligations judiciaires et je fais des rapports. De l'autre côté, mon travail c'est aussi de vous aider à construire quelque chose de positif pour votre avenir. Ces deux rôles peuvent parfois sembler contradictoires. Comment vous sentez-vous par rapport à ça ? »
- Confidentialité et ses limites (obligation de signalement)
- Contenu des rapports au juge
- Fréquence des rencontres et modalités pratiques
- « Qu'est-ce que vous savez sur pourquoi vous êtes ici aujourd'hui ? »
- « Qu'est-ce que vous attendez de ces rencontres — dans le meilleur des cas ? »
- « Y a-t-il des choses dont vous voulez absolument qu'on parle ? D'autres dont vous préférez ne pas parler pour l'instant ? »
« Pour notre prochaine rencontre, j'aimerais que vous réfléchissiez à une question : dans 5 ans, comment vous voudriez que votre vie se passe ? Pas ce que vous devez faire, mais ce que vous voulez vraiment. On en parlera ensemble. »
Durée : 60 min · Prérequis : 2e ou 3e rencontre · Objectif : explorer les 9 domaines, identifier les priorités
« Aujourd'hui je voudrais qu'on utilise un outil qui s'appelle la Roue de la Bonne Vie. Il y a 9 grands domaines de vie dans lesquels les gens cherchent à s'épanouir. Pour chacun, vous allez me dire à quel point vous êtes satisfait en ce moment, de 0 à 10. Ce n'est pas un test — il n'y a pas de bonnes ou mauvaises réponses. »
Pour chaque domaine :
- « Sur ce domaine — [nom] — si vous vous donnez une note de 0 à 10, ce serait quoi ? »
- « Qu'est-ce qui fait que vous donnez ce chiffre plutôt que moins ? » (chercher les forces)
- « Qu'est-ce qui vous manque pour mettre un point de plus ? » (identifier les besoins)
« Si vous étiez en dehors de toute contrainte — qu'est-ce qui serait important dans ce domaine pour vous ? »
« Vous donnez 9 sur 10 — c'est vraiment bien. Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas 10 ? » (calibrage, éviter le déni)
« En regardant ces 9 domaines, lequel vous semblerait le plus important à développer en premier ? »
« Si vous deviez n'en choisir qu'un seul à améliorer — pas pour moi, pas pour le juge, mais pour vous — ce serait lequel ? »
« Ce domaine que vous avez choisi — est-ce qu'il a un lien avec ce qui vous a amené ici ? »
Indiqué pour : clients résistants, déni important, motivation extrinsèque uniquement
« J'entends que vous n'êtes pas convaincu que ce suivi va changer quoi que ce soit. C'est une position tout à fait compréhensible. Je ne suis pas là pour vous convaincre de changer. Mais j'aimerais qu'on regarde ensemble ce que ça vous coûte et ce que ça vous apporte, dans les deux cas — changer ou ne pas changer. »
Commencer par les avantages de NE PAS changer :
« Qu'est-ce qu'il y a de bien à rester comme vous êtes maintenant ? » — Valider chaque réponse. Ne jamais contre-argumenter.
Puis les inconvénients :
« Et si vous ne changez rien — qu'est-ce que ça risque de vous coûter dans 5 ans ? »
Les avantages de changer — seulement ceux cités par le client :
« Vous avez mentionné [reprendre mot pour mot]. En quoi c'est important pour vous personnellement ? »
« En regardant tout ce qu'on a mis dans ce tableau — et c'est vous qui avez tout dit, pas moi — vers quoi est-ce que vous avez envie d'aller ? »
Prérequis : 4-6 séances d'alliance établie, estime de soi travaillée
- « Dans les mois et années avant les faits, qu'est-ce qui manquait dans votre vie ? »
- « Dans quel domaine vous sentiez-vous le plus seul(e), incompris(e), en échec ? »
- « Ce besoin non satisfait — comment est-ce que vous essayiez d'y répondre à l'époque ? »
- « Qu'est-ce qui s'est passé dans les jours précédant les faits ? »
- « Qu'est-ce que vous ressentiez à ce moment-là ? Où dans votre corps ? »
- « Face à cette détresse — qu'est-ce que vous avez fait pour essayer de ne pas la ressentir ? »
- « Est-ce que quelqu'un aurait pu voir que vous n'alliez pas bien ? »
- « À quel moment vous auriez pu vous arrêter le plus tôt ? »
- « Si vous vous retrouviez dans la même situation aujourd'hui — qu'est-ce que vous feriez différemment ? »
- « Y a-t-il une personne à qui vous pourriez parler dans ces moments-là ? »
« Je vous remercie d'être venu(e) aujourd'hui. Je sais que ça n'a pas dû être facile. Ce qui compte, c'est que vous soyez là maintenant. »
Ne PAS commencer par : « Vous saviez que vous aviez une obligation... » — cela renforce la honte et l'abandon.
- « Qu'est-ce qui s'est passé depuis notre dernière rencontre ? »
- « Quand vous sentez que vous vous éloignez — qu'est-ce qui se passe à l'intérieur ? »
- « Est-ce que vous vous souvenez du moment où vous avez commencé à vous dire que ça ne valait plus la peine ? »
« Ce qui vient de se passer — c'est pas un échec. C'est une information. Qu'est-ce qu'on peut faire différemment ? »
« Vous étiez là avant. Vous êtes là maintenant. Ce chemin qu'on construit ensemble — il est toujours là. On reprend où on en était. »
| Ce que dit le client | Réponse recommandée (EM + CCP) |
|---|---|
| "Je n'ai pas besoin de ce suivi — j'ai déjà réglé mes problèmes." | "Je vous entends. Qu'est-ce qui a changé concrètement depuis les faits, selon vous ? Je voudrais comprendre votre cheminement." |
| "Je ne veux pas parler de ça — c'est mon passé." | "Très bien. Mais je voudrais qu'on parle de votre avenir — de ce que vous voulez construire. Ça vous convient ?" |
| "Vous allez tout rapporter au juge de toute façon." | "Ce que je rapporte, c'est le respect de vos obligations — pas le contenu de nos conversations. Je vous propose qu'on définisse ensemble ce que vous êtes à l'aise de voir figurer dans les rapports." |
| "Ça ne sert à rien — je ne vais pas changer." | "Je n'attends pas que vous changiez pour me plaire. Ce que j'espère, c'est qu'on trouve ensemble ce qui a de la valeur pour vous dans 5 ans. Qu'est-ce qui compte vraiment pour vous ?" |
| "Vous ne pouvez pas comprendre — vous n'avez pas vécu ça." | "Vous avez raison — je n'ai pas vécu ce que vous avez vécu. C'est pour ça que j'ai besoin que vous m'expliquiez. Vous êtes le seul à pouvoir m'aider à comprendre votre histoire." |
| "Je fais ça juste parce que je suis obligé." | "C'est honnête. Le fait d'être là, même par obligation, c'est déjà quelque chose. Est-ce qu'il y a une partie de vous — même petite — qui espère que quelque chose de positif peut sortir de ça ?" |
Changements institutionnels
Le rapport de Yoon et al. (2012) formule des recommandations précises pour les 4 étapes de la chaîne pénale, transposables au contexte français (SPIP, établissements pénitentiaires, injonction de soins).
« Pour que les programmes de traitement soient efficaces, il est essentiel qu'ils reposent sur des données probantes et soient intégrés dans un système coordonné allant du jugement jusqu'au suivi post-carcéral. » Yoon Jeong-sook et al. (2012) — Institut Coréen de Criminologie
- L'obligation de soins est souvent réservée aux auteurs d'infractions sur mineurs, excluant les auteurs de crimes sur adultes alors que leur risque de récidive est équivalent
- La durée du traitement est fixée dès le jugement (ex : « 80 heures ») sans possibilité d'ajustement, alors que cette durée devrait dépendre de l'évaluation du risque
- Le traitement débute souvent immédiatement sans phase d'évaluation préalable structurée
- Étendre l'obligation de soins à tous les auteurs d'infractions sexuelles (adultes et mineurs victimes)
- Fixer un maximum (ex : « dans la limite de 300 heures »), la durée réelle étant déterminée après évaluation du risque
- Différencier la durée selon le niveau de risque : 85h (faible), 190h (moyen), 310h (élevé) — Bourgon & Armstrong (2005)
- Prévoir une phase d'évaluation systématique (K-MIDSA, KSORAS, PCL-R) avant tout traitement
L'évaluation du risque de récidive est la pierre angulaire du principe RNR. Elle conditionne l'intensité du traitement (principe du Risque) et identifie les cibles prioritaires (principe des Besoins).
| Outil | Ce qu'il mesure | Validité |
|---|---|---|
| KSORASKorean Sex Offender Risk Assessment Scale — équivalent coréen du Static-99. Facteurs statiques incluant : âge, victimes multiples, victimes étrangères, violence physique, pénétration, victime masculine, crime non planifié, antécédents sexuels non condamnés, antécédents non sexuels, facteurs relatifs à l'infraction. | Facteurs de risque statiques (délinquants sexuels d'enfants) | Analogue Static-99 |
| HAGSOROutil d'évaluation du risque coréen développé initialement pour les délinquants sexuels d'enfants. Yoon et al. (2012) recommandent de le compléter afin qu'il couvre aussi les délinquants sexuels d'adultes — lacune actuelle du système coréen. | Facteurs de risque statiques (à adapter aux délinquants d'adultes) | En développement pour adultes |
| PCL-RPsychopathy Checklist-Revised (Hare). Mesure la psychopathie sur 20 items en 2 facteurs : lié au personnage (affect/relations) et comportement antisocial/mode de vie. Passation semi-structurée, nécessite une formation. | Psychopathie — en complément (avantages supplémentaires) | r ≈ .70 récidive sexuelle |
| K-MIDSA | Besoins criminogènes spécifiques | 33 sous-échelles validées |
| Facteurs dynamiques aigus | Déclencheurs situationnels récents | Complémentaires aux statiques |
~85 heures · 2 séances/semaine · 4 mois
Programme préparatoire optionnel
~190 heures · 2 séances/semaine · 6 mois
Programme régulier Phases 1+2
~310 heures · 3 séances/semaine · 10 mois
Programme complet 3 phases + préparatoire
- Groupes ouverts recommandés pour maximiser la cohésion et réduire le taux d'abandon (Ware & Bright, 2008)
- Groupe séparé pour les délinquants à lésions cérébrales ou troubles du développement : approche adaptée, rythme ralenti, soutiens visuels
- Thérapeutes formés aux CCP et supervisés régulièrement — fidélité mesurée par observation des séances
- En fin de traitement : rapport clinique TRS-2 transmis au fournisseur de traitement en milieu ouvert ET à l'agent de probation (CPIP) — transmission obligatoire des deux
- Séances de suivi : après la fin du traitement intensif, prévoir des séances de rappel une fois par mois pendant au moins 6 mois pour consolider les acquis et prévenir la récidive
Lovins, Lowenkamp & Latessa (2009) : placer des délinquants à faible risque dans des programmes intensifs peut augmenter leur taux de délinquance — exposition à des modèles antisociaux et perturbation du réseau prosocial existant.
Sur 535 délinquants sexuels suivis 5,4 ans : taux de récidive sexuelle de 3,2 % après traitement vs 16,8 % sans traitement (p < .001). L'effet est maintenu sur la durée du suivi.
La continuité du suivi après la détention est essentielle. Le dossier de traitement (résumé de progression, TRS-2, plan de Bonne Vie) doit être transmis à la fois au fournisseur de traitement en milieu ouvert et à l'agent de probation — ces deux destinataires sont explicitement mentionnés dans le manuel.
- Suivi CPIP régulier — une fois par mois minimum en phase post-traitement
- Référence systématique aux objectifs du plan de Bonne Vie et à la TRS-2
- Coordination avec le médecin ou psychiatre de l'injonction de soins
- Réactivation du programme préparatoire si rupture de suivi ou rechute
- Accès aux groupes de soutien communautaires identifiés en Phase 3
- Bracelet électronique : relier les conditions aux facteurs de risque identifiés
- Injonction de soins : coordonner avec le médecin coordonnateur
- FIJAIS : articulation avec les obligations de pointage et les interdictions
- Suivi socio-judiciaire : maintien du lien thérapeutique à travers les mutations
| Dimension | Système coréen (cible) | Système canadien (référence) | Contexte français (SPIP) |
|---|---|---|---|
| Évaluation du risque | KSORAS + PCL-R + K-MIDSA | Static-99 + LSI-R + SVR-20 | Pratiques variables selon établissements ; PCL-R peu utilisé |
| Durée différenciée | 85-310h selon risque | Intensité strictement calibrée sur le risque | Souvent fixée au jugement, peu flexible |
| Format | Groupe ouvert recommandé | Groupe ouvert standard | Majoritairement individuel en SPIP |
| Transmission dossier | Obligatoire entre étapes | Système informatisé centralisé | Variable, souvent insuffisante |
| Suivi post-carcéral | Plan de Bonne Vie intégré | Suivi de libération conditionnelle structuré | Suivi CPIP + injonction de soins |
Exercices interactifs
Ces exercices reproduisent fidèlement les fiches d'activité du manuel K-MIDSA. Vos réponses sont sauvegardées automatiquement dans votre navigateur.
Permettre au client d'évaluer son niveau de satisfaction actuel dans les 9 domaines de la Bonne Vie (Ward, 2002) et d'identifier les 2-3 domaines prioritaires à développer. La roue sert de point de départ au plan de vie et est revisitée en Phase 3 (séances 75-80) pour mesurer la progression.
En groupe, chaque participant présente sa roue et reçoit un feedback bienveillant des pairs. En individuel, le CPIP explore chaque domaine par questionnement ouvert : « Dans ce domaine, qu'est-ce qui vous manque le plus ? Qu'est-ce qui vous rendrait plus satisfait ? »
Ward (2002) — Modèle de la Bonne Vie (GLM) : les êtres humains sont fondamentalement orientés vers la réalisation de certains biens primaires (Emmons, 1999 ; Maslow, 1968). Ces biens sont universels mais s'expriment différemment selon les individus. Lorsqu'un domaine est chroniquement insatisfait, la personne cherche à y répondre de manière inadaptée — ce qui constitue un facteur criminogène.
Marques et al. (2005) : les clients ayant atteint leurs objectifs de Bonne Vie en fin de traitement présentent des taux de récidive significativement plus faibles. La roue objectivise les domaines déficitaires et focalise le traitement sur des forces à construire plutôt que sur des risques à éviter.
- Introduire les 9 domaines à voix haute, avec un exemple concret pour chacun.
- Demander au client d'attribuer un score de 0 (totalement insatisfait) à 10 (pleinement épanoui) pour chaque domaine en ce moment.
- Tracer la roue visuellement — l'aspect graphique facilite la prise de conscience.
- Demander : « Quel domaine vous surprend le plus ? Lequel est le plus urgent à développer ? »
- Identifier ensemble les 2-3 domaines prioritaires à intégrer dans les objectifs SMART.
- Conserver la roue — elle sera comparée à la roue finale en Phase 3 pour mesurer la progression.
- Ne pas interpréter les scores bas comme une évaluation négative de la personne — certains domaines sont structurellement bas en détention (Autonomie, Relations)
- Distinguer satisfaction objective (réalité externe) et subjective (ressenti interne) — les deux sont valides et importantes
- La roue n'est pas statique : elle peut être remplie à nouveau à mi-parcours pour objectiver la progression
- En contexte carcéral : contextualiser (« compte tenu de votre situation actuelle... ») pour éviter les scores artificiellement bas
Cliquez sur « Configurer » pour ajuster les scores (0 = très insatisfait, 10 = totalement épanoui). La roue se met à jour en temps réel.
Transformer les aspirations issues de la Roue de la Bonne Vie en objectifs concrets, mesurables et temporellement définis. Développer la pensée téléologique — la capacité à imaginer et planifier un avenir souhaitable — directement liée à la réduction de la récidive à long terme (Mann et al., 2004).
Locke & Latham (2002) — Théorie de la fixation d'objectifs : les objectifs spécifiques et challengeants produisent de meilleures performances que les objectifs vagues. Quatre mécanismes : direction de l'attention, mobilisation de l'effort, persistance dans le temps, développement de stratégies.
Mann et al. (2004) — Objectifs d'approche vs évitement : dans le traitement des PPSMJ, les objectifs formulés positivement (« développer des relations intimes saines ») sont plus efficaces que les objectifs négatifs (« ne plus récidiver »). Ils sont associés à une meilleure participation et moins de rechutes.
- Partir d'un domaine prioritaire identifié dans la Roue de la Bonne Vie.
- Formuler une aspiration générale : « Je voudrais... »
- Transformer cette aspiration en objectif SMART en répondant aux 5 critères. Exemple du manuel : « CAP cuisine dans les 8 mois suivant la libération ».
- Vérifier que l'objectif est positif (approche, pas évitement) — reformuler si nécessaire.
- Identifier 3 à 5 étapes concrètes avec une échéance pour chacune.
- Prévoir les obstacles prévisibles et les stratégies pour les surmonter (lien avec les 3 façons de faire face).
- En groupe : présenter l'objectif, feedback bienveillant des pairs puis du thérapeute.
- Objectifs irréalistes : aider à calibrer sans décourager. Demander : « Quelle est la première étape réaliste cette semaine ? »
- Vérifier la sécurité des objectifs interpersonnels : un objectif impliquant un accès à des victimes potentielles doit être systématiquement reformulé
- Sous injonction de soins : relier les objectifs SMART aux conditions judiciaires (emploi, résidence, interdictions)
- Réévaluer les objectifs si la situation change (transfert, sanction, libération anticipée)
Exemple issu du manuel : « Trouver un meilleur emploi après la libération »
Explorer et externaliser l'ambivalence face au changement — présente chez tous les clients, y compris les plus motivés — afin de renforcer la motivation intrinsèque sans confrontation. Le client se convainc lui-même en articulant ses propres raisons de changer, sans pression externe.
Miller & Rollnick (2002) — Entretien motivationnel : l'ambivalence est un état normal et universel face au changement. La confronter directement produit un effet boomerang (reactance psychologique) et renforce la résistance. Refléter et amplifier le discours-changement spontané du client renforce la motivation intrinsèque sans contrainte.
Prochaska & DiClemente (1982) — Stades du changement : cet outil est particulièrement indiqué pour les clients en stade de contemplation (reconnaissent le problème sans s'y attaquer) ou de préparation. Il aide à résoudre l'ambivalence et à passer à l'action de manière autonome.
- Présenter les 4 quadrants sans jugement : « Il n'y a pas de bonnes ou mauvaises réponses. »
- Laisser le client remplir seul en silence (10-15 min) — ne pas intervenir pendant ce temps.
- En groupe : tour de table sans commentaires immédiats du thérapeute.
- Le thérapeute reflète uniquement les éléments pro-changement cités par le client lui-même — ne jamais ajouter des raisons que le client n'a pas mentionnées.
- Question de clôture : « Compte tenu de tout cela, vers quoi est-ce que vous voulez aller ? »
- Conserver la fiche — elle peut être révisée en cas de rupture de motivation au cours du traitement.
- Ne pas minimiser les inconvénients du changement (« oui mais ça en vaut la peine... ») — les valider pleinement
- Ne jamais conclure à la place du client — c'est lui qui doit nommer sa décision de changer
- Si le client ne cite aucun avantage au changement : explorer d'abord l'alliance thérapeutique, pas l'exercice
- Les exemples préremplis (issus du manuel) doivent être adaptés à la situation individuelle du client
Remplissez les 4 quadrants. Des exemples issus du manuel sont proposés en placeholder.
Identifier les points forts dans six domaines de vie (Activités, Relations interpersonnelles, Détente, Connaissances, Travail, Apparence) et formuler au moins 10 points forts personnels concrets. Développer une estime de soi stable, réaliste et positive comme facteur protecteur contre la récidive.
Marshall et al. (2009) : les auteurs d'infractions sexuelles présentent systématiquement une faible estime de soi chronique. Certains développent une estime de soi haute mais fragile (Baumeister et al., 1996) — instable, défensive, s'effondrant face à la critique et associée à la violence réactive.
Tangney (1991) — Honte vs culpabilité : la honte (« je suis mauvais comme personne ») est paralysante et favorise le déni, la résistance et l'abandon du traitement. La culpabilité (« j'ai fait quelque chose de mal ») est motivatrice et favorise la réparation. L'objectif clinique est de déplacer progressivement la honte vers la culpabilité.
- Distribuer la fiche en expliquant l'objectif : trouver des forces, pas évaluer des problèmes.
- Le client remplit chaque domaine individuellement (20-25 min). Le thérapeute encourage discrètement.
- En groupe (séance 8) : chaque participant lit 3 forces. Le groupe ajoute les forces observées chez le présentateur — souvent plus généreux que l'auto-évaluation.
- Construire la carte des forces : 6-8 points forts sur une carte de la taille d'une poche.
- Consigne de lecture : matin, midi, soir avant de dormir. La répétition quotidienne est obligatoire pour ancrer les nouvelles croyances.
- Séance suivante : exercice d'auto-affirmation positive à voix haute devant le groupe — renforcement immédiat et spécifique du thérapeute.
- Résistance fréquente (« je n'ai aucune qualité ») : commencer par les domaines les moins menaçants (loisirs, apparence) avant les relations et le travail
- Ne jamais confondre estime de soi et acceptation des actes criminels — clarifier explicitement dès le début de l'exercice
- Clients ayant commis des violences graves : surveiller les signes de honte intense, dissociation ou désengagement pendant l'exercice
- Faible niveau de littératie : utiliser des pictogrammes ou une liste prédéfinie de qualités à cocher
Pour chaque domaine, décrivez des situations concrètes où vous avez été à votre avantage ou dont vous êtes fier. Identifiez ensuite vos 10 points forts.
Identifier le style d'attachement dominant du client (Sécure, Préoccupé, Craintif, Détaché) selon le modèle bidimensionnel de Bartholomew (1990). Comprendre comment ce style s'est formé dans l'enfance et comment il influence les relations actuelles, notamment la vulnérabilité interpersonnelle contribuant au passage à l'acte.
Bowlby (1969) — Théorie de l'attachement : les modèles internes de fonctionnement (MIF) se forment dans l'enfance à travers les interactions avec les figures d'attachement. Ces MIF guident les relations adultes de manière largement inconsciente.
Bartholomew & Horowitz (1991) : modèle bidimensionnel générant 4 styles. Les styles insécurisés sont fortement associés aux déficits interpersonnels des PPSMJ — solitude émotionnelle chronique, relations superficielles, incapacité à tolérer l'intimité (Ward et al., 1995). Marshall & Marshall (2000) : la majorité des PPSMJ rapportent des expériences d'attachement insécurisé ou de maltraitance dans l'enfance.
- Présenter d'abord le graphique des quadrants (Exercice 12) — expliquer les 2 dimensions sans jargon.
- Le client évalue chaque description sur 0-7 selon la correspondance avec sa façon habituelle d'être en relation.
- Calculer ensemble le style dominant (score le plus élevé).
- Discussion : « Dans quelle mesure cette description vous correspond-elle ? Depuis quand ? »
- Relier aux expériences d'attachement précoce identifiées dans l'autobiographie.
- Insister : le style d'attachement est appris, donc modifiable — c'est l'objectif des séances 50-61.
- Clients de style Détaché : rejetteront souvent l'exercice ou minimiseront — ne pas confronter, explorer avec curiosité
- Cet exercice peut déclencher des souvenirs douloureux d'abandon ou de maltraitance — prévoir du temps pour la régulation émotionnelle
- Ne pas pathologiser les styles insécurisés : tous les humains ont un style, et tous peuvent évoluer avec un travail thérapeutique
- Un client peut se reconnaître dans plusieurs styles — normaliser et explorer la dominante situationnelle
Évaluez dans quelle mesure chaque description correspond à votre manière générale d'être en relation (0 = pas du tout, 7 = tout à fait).
Développer la capacité empathique spécifique envers les victimes en 4 étapes séquentielles (Marshall et al., 1995). L'exercice des lettres constitue la technique principale : imaginer la lettre de la victime développe la prise de perspective ; rédiger la réponse développe l'expression comportementale de l'empathie.
Marshall, Hudson, Jones & Fernandez (1995) : les PPSMJ ne présentent pas un déficit d'empathie globale mais une incapacité spécifique à empathiser avec leur propre victime — maintenue par des mécanismes de défense (minimisation, attribution de responsabilité à la victime). Le modèle en 4 étapes permet d'intervenir à chaque niveau.
Modèle postérieur de L.E. Marshall (graphique 3-4) : la majorité des PPSMJ correspond au parcours intermédiaire — ils perçoivent la détresse de la victime mais la bloquent pour protéger leur propre estime de soi. Traitement préalable obligatoire : l'estime de soi doit être renforcée avant d'aborder l'empathie envers la victime.
- Prérequis : minimum 4-6 séances d'alliance établie, estime de soi travaillée.
- Séance 1 : présenter le modèle en 4 étapes avec des exemples non menaçants (empathie générale).
- Séance 2 : exercice de la lettre imaginée — guidance séquentielle : émotions → conséquences → questions à l'auteur.
- Séance 3 : lecture en groupe. Règle absolue : 1 commentaire positif obligatoire avant toute question.
- Séance 4 : rédaction de la réponse. Critères : responsabilité assumée, souffrance de la victime validée, engagement futur.
- Le thérapeute recherche des preuves de prise de perspective réelle (descriptions émotionnelles, pas intellectuelles).
- Lettres auto-justificatrices : ne pas confronter directement, demander « Qu'est-ce que la victime ressentait à ce moment précis ? »
- Détresse émotionnelle intense pendant la lecture : avoir un protocole de régulation prêt (respiration, pause, retour au présent)
- Clients psychopathes : Yoon et al. (2012) notent qu'ils répondent étonnamment bien à cette approche — ne pas exclure a priori
- En individuel SPIP : la lettre peut porter sur un cas fictif si le client n'est pas encore prêt à aborder sa propre victime
Cet exercice s'articule en deux parties : imaginer ce que la victime pourrait écrire, puis rédiger une réponse exprimant une compréhension de l'impact de ses actes.
Identifier les 7 étapes du processus ayant conduit au passage à l'acte, depuis les facteurs distaux (chroniques) jusqu'à l'évaluation post-crime. L'objectif n'est pas de faire raconter le crime en détail, mais d'identifier les points d'intervention précoces et de les relier au plan de Bonne Vie pour construire la prévention.
Yates, Kingston & Hall (2000) — Modèle des voies : le passage à l'acte sexuel n'est presque jamais impulsif. Il résulte d'une séquence identifiable de facteurs distaux (vulnérabilités chroniques non satisfaites), d'un événement déclencheur aigu, d'états émotionnels négatifs, de comportements désinhibiteurs et d'une opportunité ou planification.
Baumeister (1990) — Déconstruction cognitive : lors du passage à l'acte, la pensée abstraite est suspendue au profit d'une focalisation sur les désirs immédiats, permettant d'ignorer les conséquences et les inhibitions morales habituelles. Identifier ce mécanisme aide le client à comprendre comment des personnes « ordinaires » peuvent commettre des actes graves.
- Présenter le modèle graphiquement — discuter d'un exemple fictif en groupe pour déstigmatiser l'exercice.
- Partir des étapes les plus éloignées du crime (facteurs distaux) — moins menaçantes émotionnellement.
- Question clé à chaque étape : « Qu'est-ce que vous ressentiez ? » (pas « qu'avez-vous fait ? »)
- NE PAS exiger le récit détaillé des actes criminels — se concentrer sur les états mentaux et émotionnels.
- En fin d'exercice : « Quel est le point le plus précoce où vous auriez pu interrompre ce cheminement ? »
- Relier les facteurs distaux aux domaines déficitaires de la Roue de la Bonne Vie — créer le lien avec le plan de traitement.
- Alliance thérapeutique préalable obligatoire — minimum 4-6 séances avant cet exercice
- Clients qui minimisent (« ça s'est passé en 5 minutes ») : normaliser la durée du processus sans confronter directement
- Ne jamais utiliser cet exercice comme aveu ou comme preuve dans le cadre judiciaire — clarifier la confidentialité au préalable
- EVA (Effet de Violation de l'Abstinence) : si un faux pas survient pendant le traitement, le cheminement peut être réactivé — avoir une procédure de gestion des crises prête
- En SPIP : déployer sur 3-5 séances individuelles, pas nécessairement en une seule fois
Comprendre le processus d'extinction comportementale (diminution progressive d'un comportement problématique) et le phénomène de réapparition spontanée, afin de dédramatiser les faux pas en cours de traitement et prévenir l'Effet de Violation de l'Abstinence (EVA).
Pavlov (1906) / Skinner (1938) — Conditionnement et extinction : un comportement conditionné diminue progressivement en fréquence et intensité lorsque le renforcement est retiré. Ce processus n'est pas linéaire : des réapparitions spontanées se produisent, surtout en réponse à des stimuli émotionnels ou situationnels spécifiques.
Marlatt & Gordon (1985) — Effet de Violation de l'Abstinence (EVA) : face à un faux pas, certaines personnes réagissent par une attribution interne, stable et globale (« je suis sans espoir »), ce qui entraîne une augmentation du comportement problématique et souvent l'abandon du traitement. Interpréter le faux pas comme une information sur les déclencheurs — et non comme un échec personnel — est une compétence thérapeutique fondamentale.
- Présenter la courbe SVG. Expliquer les phases sans jargon : « Imaginez quelqu'un qui arrête de fumer... »
- Demander : « Avez-vous déjà vécu une situation où vous aviez arrêté quelque chose et où vous avez rechute ? Qu'est-ce qui s'est passé avant ? »
- Distinguer explicitement réapparition spontanée (normale, temporaire) et EVA (interprétation catastrophisante qui aggrave).
- Entraîner les clients à identifier leurs déclencheurs personnels de réapparition (émotions, situations, pensées).
- Développer un plan de réponse au faux pas : reconnaître → identifier le déclencheur → reprendre le plan de Bonne Vie.
- Ne pas présenter l'extinction comme une « guérison » définitive — le risque de réapparition persiste longtemps après le traitement
- Certains clients utilisent ce concept pour minimiser leurs rechutes (« c'est normal ») — maintenir l'accent sur l'identification des déclencheurs et la responsabilité
- L'EVA peut survenir des mois ou des années après la fin du traitement — l'intégrer dans le plan d'autogestion de Phase 3
Survolez les phases de la courbe pour afficher les explications. Cliquez sur les points clés pour ajouter vos réflexions.
Lorsqu'un faux pas survient, deux réactions sont possibles :
« Je suis un raté », « Le traitement n'a servi à rien » → Abandon, retour au niveau initial
Reconnaître le déclencheur émotionnel, reprendre le contrôle, ne pas lire le faux pas comme un échec total
Identifier les 3 grands styles d'adaptation aux problèmes (centré sur l'émotion, évitement, centré sur le problème), reconnaître ses propres patterns habituels, et développer progressivement des stratégies alternatives centrées sur le problème. L'évitement est ciblé directement comme facteur criminogène proximal.
Lazarus & Folkman (1984) — Théorie du stress et de l'adaptation (coping) : l'adaptation est l'ensemble des efforts cognitifs et comportementaux pour gérer les demandes dépassant les ressources de la personne. L'adaptation centrée sur le problème modifie la situation stressante ; l'adaptation centrée sur l'émotion gère la détresse ; l'évitement fuit les deux.
Application clinique : les PPSMJ utilisent massivement l'évitement comme mode de régulation — alcool, pornographie, isolement, rumination. Ces comportements constituent des états désinhibiteurs aggravant la vulnérabilité au passage à l'acte (voir cheminement délictuel, étape 4).
- Présenter les 3 colonnes avec les exemples du manuel. Discussion en groupe sur des situations du quotidien.
- Chaque client remplit ses propres exemples dans chaque colonne, tirés de son expérience passée.
- Identifier le style dominant de chaque client — sans jugement.
- Relier aux facteurs distaux et désinhibiteurs du cheminement délictuel : « Ces stratégies d'évitement, à quelle étape de votre cheminement sont-elles apparues ? »
- Jeux de rôle : pratiquer l'adaptation centrée sur le problème face à une situation stressante concrète et actuelle.
- Entraîner les 8 étapes du modèle de résolution de problèmes sur une situation réelle (pas fictive).
- Ne pas présenter l'évitement comme systématiquement « mauvais » — une pause délibérée avant d'agir peut être adaptative
- Avec les clients résistants : commencer par des situations neutres (difficulté au travail, conflit) avant les situations à risque
- L'absence de compétences de résolution de problèmes peut être liée à des déficits cognitifs — adapter le niveau de complexité de l'exercice
Pour chaque colonne, décrivez comment vous avez fait face à des problèmes dans le passé. Repérez votre style dominant et réfléchissez à des alternatives.
Suivre quotidiennement la nature (déviante D / adaptée A), la durée et l'intensité des pensées et fantasmes sexuels afin d'objectiver leur évolution en cours de traitement comportemental (Annexe 13 du programme régulier, séances 66-74). Outil de monitoring clinique — supervisé obligatoirement.
Obsession sexuelle comme facteur criminogène : Hanson & Bussière (1998) identifient la compulsion sexuelle parmi les prédicteurs les plus robustes de récidive sexuelle. Environ 30-40 % des PPSMJ présentent une obsession sexuelle cliniquement significative. Le journal permet d'objectiver l'évolution en réponse aux interventions (satiété, masturbation dirigée, ISRS).
Techniques associées : satiété (répétition de fantasmes déviants en période réfractaire post-orgasme — Marshall, 1975), masturbation dirigée vers des stimuli adaptés (Laws & Marshall, 1991), aversion olfactive/ammoniac (Garcia et al., 1966). Le journal évalue l'efficacité de ces interventions semaine par semaine.
- Expliquer l'objectif sans jugement : « Comme un médecin mesure la température — l'observation n'aggrave pas le symptôme. »
- Le client note chaque pensée/fantasme sexuel survenu dans la journée : nature (D/A), durée (L/M/C), intensité (1-2-3).
- Révision hebdomadaire avec le thérapeute : identifier les tendances (augmentation D, diminution, stagnation).
- Relier aux événements de la semaine : quel état émotionnel ou situation précédait les pensées déviantes ?
- Ajuster les interventions comportementales en fonction des données du journal.
- Certains clients peuvent ruminer davantage en portant attention à leurs pensées — surveiller et arrêter si aggravation clinique
- Ce journal ne doit jamais être utilisé comme preuve juridique — confidentialité stricte
- Adapter la fréquence de révision selon l'état clinique : quotidienne en phase aiguë, hebdomadaire en phase de stabilisation
Pour chaque entrée : indiquer la nature de la pensée (D = déviante / A = adaptée), sa durée (L = longue, M = moyenne, C = courte) et son intensité (1 = faible, 2 = modérée, 3 = forte). Cela permet d'objectiver l'évolution semaine après semaine.
Suivre hebdomadairement la fréquence des actes de soulagement sexuel et l'intensité des pulsions afin d'évaluer l'évolution de l'obsession sexuelle et l'efficacité des interventions comportementales (Annexe 14 du programme régulier, séances 66-74).
Données normatives : la fréquence des comportements sexuels est extrêmement variable. Chez les hommes de 15-25 ans : de 1 fois/jour à 1 fois toutes les 2-3 semaines. Cette fourchette se réduit avec l'âge mais reste large. L'obsession sexuelle se définit non par la fréquence absolue mais par le sentiment d'incontrôlabilité et la perturbation de la vie quotidienne.
Kafka (2007) : les comportements sexuels compulsifs impliquent une perte de contrôle sur des comportements sexuels normaux. Le relevé hebdomadaire permet de distinguer une hypersexualité cliniquement significative d'une variation normale et de mesurer l'effet des interventions (pharmacologiques ou comportementales).
- Expliquer l'absence de jugement normatif : « Il n'y a pas de fréquence normale — nous cherchons juste à voir comment ça évolue. »
- Le client note chaque semaine le nombre d'actes de soulagement sexuel et l'intensité des pulsions (0-10).
- Révision mensuelle avec le thérapeute : tendance générale (diminution, stabilisation, augmentation).
- Relier aux interventions : « La semaine où vous avez pratiqué la satiété, qu'observez-vous sur le graphique ? »
- Ajuster le plan thérapeutique si les données montrent une aggravation persistante.
- Outil de monitoring — ne pas l'utiliser comme instrument de contrôle ou de surveillance judiciaire
- Confidentialité stricte : le contenu ne peut pas être transmis sans consentement explicite du client
- Si les données montrent une aggravation : réévaluer le plan de traitement, envisager une consultation psychiatrique pour pharmacothérapie
- Ne jamais comparer les données entre clients — la variabilité inter-individuelle est très grande
Pour chaque semaine : noter le nombre d'actes de soulagement sexuel (masturbation / rapports) et l'intensité des pulsions. La fréquence normale chez les hommes de 15-25 ans : de 1 fois/jour à 1 fois toutes les 2-3 semaines. Cette fourchette se réduit avec l'âge mais reste étendue.
Comprendre le cycle physiologique de la réponse sexuelle (Masters & Johnson, 1966) afin de démystifier la sexualité, normaliser les variations individuelles, identifier la période réfractaire comme base physiologique de la satiété, et distinguer une sexualité épanouissante d'une sexualité compulsive ou déviante.
Masters & Johnson (1966) : 5 phases de la réponse sexuelle masculine (excitation, plateau, orgasme, résolution, période réfractaire). La période réfractaire — état de non-réponse sexuelle post-orgasmique — est la base physiologique de la technique de satiété (Marshall, 1975) : pendant cette phase, les fantasmes déviants répétés ne sont pas renforcés et s'éteignent progressivement.
Éducation sexuelle et consentement : de nombreux PPSMJ présentent des lacunes dans leur éducation sexuelle de base. Cette section aborde le consentement (FRIES : Freely given, Reversible, Informed, Enthusiastic, Specific), les comportements normaux et la satisfaction mutuelle dans une relation.
- Présenter le schéma SVG du cycle de réponse sexuelle avec un discours factuel et non-stigmatisant.
- Ouvrir la discussion : « Qu'est-ce que vous n'avez jamais vraiment compris sur le fonctionnement sexuel ? » (questions anonymisées si besoin).
- Aborder le consentement : définition, critères FRIES, exemples concrets, jeux de rôle sur la négociation.
- Identifier ensemble les signaux d'alerte : sexe comme régulation émotionnelle, compulsion, fantasmes intrusifs non désirés.
- Expliquer le mécanisme de la période réfractaire comme outil thérapeutique (base de la satiété).
- Adapter le niveau de langage — certains clients ont une éducation sexuelle très lacunaire ou erronée
- Aborder ces sujets sans pudeur excessive mais sans voyeurisme — ton factuel et bienveillant
- Identifier les croyances erronées sur le consentement dès les premières séances — certaines distorsions cognitives sont très ancrées
- En groupe mixte (victimes d'adultes + d'enfants) : adapter les exemples pour éviter les déclencheurs involontaires
- Consentement mutuel explicite et enthousiaste
- Satisfaction des deux partenaires
- Honnêteté et communication ouverte
- Absence de contrainte, de honte ou de culpabilité
- Respect des limites de l'autre
- Pensées sexuelles intrusives et incontrôlables
- Utiliser le sexe pour réguler une émotion négative
- Fantasmes impliquant la contrainte ou des mineurs
- Masturbation compulsive perturbant la vie quotidienne
- Incapacité à s'arrêter malgré les conséquences
Visualiser les 4 styles d'attachement adulte dans le modèle bidimensionnel de Bartholomew (1990) et comprendre les patterns relationnels associés. Ce schéma sert d'introduction au questionnaire sur l'attachement (Exercice 5) et au module interpersonnel des séances 44-61 du programme régulier.
Bartholomew & Horowitz (1991) : deux dimensions organisent les styles d'attachement adulte — la vision de soi (positive : mérite d'être aimé / négative : indigne d'amour) et la vision des autres (positive : dignes de confiance / négative : rejetants). Les 4 styles résultant (Sécure, Préoccupé, Craintif, Détaché) déterminent les stratégies relationnelles habituelles.
Ward et al. (1995) : les styles insécurisés (particulièrement Craintif et Préoccupé) sont surreprésentés chez les PPSMJ comparativement à la population générale. Ils créent une solitude émotionnelle chronique et une incapacité à satisfaire les besoins d'intimité de manière adaptée — facteur criminogène chronique majeur lié aux infractions sexuelles.
- Présenter le graphique des quadrants avec les 2 dimensions expliquées sans jargon technique.
- Demander aux clients de se positionner intuitivement sur chaque axe avant de voir les étiquettes des styles.
- Discuter des implications de chaque style sur les relations intimes, professionnelles et sociales.
- Relier au questionnaire d'attachement (Exercice 5) pour une évaluation chiffrée individualisée.
- Question de réflexion : « Comment votre style d'attachement a-t-il influencé vos relations les plus importantes ? »
- Les étiquettes (« Craintif », « Détaché ») peuvent être perçues comme stigmatisantes — insister sur le caractère appris et modifiable de ces styles
- Ne pas sur-interpréter : un style d'attachement n'explique pas à lui seul le passage à l'acte — c'est un facteur parmi d'autres
- Certains clients s'identifient spontanément au style Sécure pour éviter la réflexion — explorer avec des exemples concrets de leurs relations passées
Supports pédagogiques & Fiches téléchargeables
Toutes les fiches d'activité du programme K-MIDSA, conformes aux annexes du rapport de Yoon et al. (2012). Générées directement dans votre navigateur — aucun serveur, aucun compte requis. Téléchargement Word en un clic.
- Sélectionner la fiche correspondant à la séance (voir colonne « Séances »)
- Télécharger le .docx et imprimer un exemplaire par participant
- Suivre les consignes et points de vigilance détaillés ci-dessous
- Conserver les fiches remplies dans le dossier clinique du participant
- Utiliser la fiche comme support d'entretien semi-structuré
- Le client peut remplir entre deux séances (devoir) puis débriefer
- Le CPIP peut annoter ses observations dans les marges
- La fiche complétée peut être jointe au rapport de suivi judiciaire
| # | Titre de la fiche | Séances | Annexe source | Télécharger |
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Détail de chaque fiche — Objectif · Théorie · Consignes · Vigilance
Glossaire des termes clés
Définitions des principaux termes techniques du programme K-MIDSA, classées par ordre alphabétique. Utilisez la barre de filtrage pour rechercher un terme spécifique.
Andrews, D.A. & Bonta, J. (2006). The psychology of criminal conduct (4e éd.). Anderson Publishing.
Bartholomew, K. & Horowitz, L.M. (1991). Attachment styles among young adults. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226-244.
Baumeister, R.F. (1990). Suicide as escape from self. Psychological Review, 97(1), 90-113.
Bourgon, G. & Armstrong, B. (2005). Transferring the principles of effective treatment into a "real world" prison setting. Criminal Justice and Behavior, 32(1), 3-25.
Garcia, J., Ervin, F.R. & Koelling, R.A. (1966). Learning with prolonged delay of reinforcement. Psychonomic Science, 5(3), 121-122.
Hanson, R.K. & Bussière, M.T. (1998). Predicting relapse: A meta-analysis of sexual offender recidivism studies. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 66(2), 348-362.
Kafka, M.P. (2007). Paraphilia-related disorders. Dans S.R. Leiblum (Éd.), Principles and practice of sex therapy (4e éd.). Guilford Press.
Knight, R.A. (2009). MIDSA Clinical Manual. Sinclair Seminars.
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Laws, D.R. & Marshall, W.L. (1991). Masturbatory reconditioning with sexual deviants. Advances in Behaviour Research and Therapy, 13(1), 13-25.
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Lovins, L.B., Lowenkamp, C.T. & Latessa, E.J. (2009). Applying the risk principle to sex offenders. The Prison Journal, 89(3), 275-290.
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Marshall, W.L., Serran, G.A., Fernandez, Y.M. et al. (2003). Therapist characteristics in the treatment of sexual offenders. Psychology, Crime & Law, 9(3), 263-273.
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McGrath, R.J., Cumming, G.F. & Burchard, B.L. (2003). Current practices and trends in sexual abuser management. Safer Society Press.
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Yoon, J., Marshall, W.L., Sims-Knight, J. & Lee, S. (2012). Développement d'un programme de traitement pour les délinquants sexuels et mesures d'institutionnalisation (I). Institut Coréen de Criminologie, rapport n° 12-CB-05.