Formation professionnelle – SPIP & Administration pénitentiaire

Se former au programme
K-MIDSA

Prise en charge des auteurs d'infractions à caractère sexuel (PPSMJ) – Un outil interactif à destination des professionnels de l'administration pénitentiaire

Basé sur le rapport de recherche de Yoon Jeong-sook, W.L. Marshall, J. Sims-Knight & Lee Soo-jung (Institut Coréen de Criminologie, 2012), cette application vous permet de découvrir et de vous approprier l'évaluation multidimensionnelle et le programme de traitement sud-coréen pour PPSMJ, adapté au contexte français (SPIP, probation, milieu carcéral).
87
Séances programme régulier
14
Séances programme préparatoire
33
Sous-échelles K-MIDSA validées
3
Phases de traitement
3,2 %
Taux de récidive après traitement (vs 16,8 % sans)
8
Fiches Word téléchargeables

Plan de la formation — 11 sections
01 · Introduction & Principes
RNR · GLM · Entretien motivationnel · Facteurs criminogènes
02 · L'évaluation K-MIDSA
33 sous-échelles · Propriétés psychométriques · Usage clinique
03 · Manuel générique
CCP · Compétences cibles · TRS-2 · Style du thérapeute
04 · Programme préparatoire
14 séances · Motivation · Formulation de cas · Avant-programme
05 · Programme régulier
87 séances · 3 phases · Émotions · Sexualité · Autogestion
06 · Utiliser en individuel
Adaptation SPIP · Entretien individuel · Déroulé type
07 · Changements institutionnels
Jugement · Classification · Traitement · Post-carcéral
08 · Exercices interactifs
Roue · SMART · Coûts-bénéfices · Attachement · Empathie…
09 · Supports & Fiches Word
8 fiches · Objectifs · Consignes · Points de vigilance · Téléchargement
10 · Glossaire
Tous les termes clés · Références théoriques · Définitions
Auteurs & Sources
Rapport source

Yoon Jeong-sook — Institut Coréen de Criminologie (KIC)
W.L. Marshall — Psychologue clinicien, Université Queen's (Canada), pionnier mondial du traitement des délinquants sexuels
J. Sims-Knight — Université du Massachusetts, co-auteur du MIDSA
Lee Soo-jung — Chercheuse au KIC
Rapport de recherche n° 12-CB-05, Institut Coréen de Criminologie, 2012

Références théoriques principales
  • Andrews & Bonta (2006) — Modèle RNR
  • Ward (2002) — Modèle de la Bonne Vie (GLM)
  • Marshall et al. (2003) — CCP et style du thérapeute
  • Bartholomew & Horowitz (1991) — Attachement adulte
  • Yates, Kingston & Hall (2000) — Cheminement délictuel
  • Knight (2009) — MIDSA (version américaine)
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Introduction & Principes fondamentaux

Le programme K-MIDSA repose sur trois modèles complémentaires dont la synergie constitue le socle de toute intervention efficace auprès des auteurs d'infractions sexuelles.

« Le principe de Réceptivité a la plus grande influence sur l'effet du traitement. Suivre fidèlement ce principe permet d'atteindre une taille d'effet d'environ ES=.23, proche de l'effet total (ES=.28) obtenu lorsque les trois principes sont suivis. » Andrews & Bonta (2006), cité dans Yoon et al. (2012)
Principe du RisqueLe niveau de risque détermine l'intensité du traitement. Les délinquants à haut risque nécessitent un traitement plus long et plus intensif.

La durée du traitement doit être proportionnelle au niveau de risque évalué statistiquement. Les délinquants à haut risque reçoivent un traitement plus diversifié et intensif. ES = .11

Durées recommandées :
🔴 Haut risque : ~310-320 h (3 séances/sem × 2h30 × 10 mois)
🟡 Risque moyen : ~188-190 h (6 mois)
🟢 Faible risque : ~85 h (4 mois, 2 séances/sem)
Principe des BesoinsLes facteurs criminogènes sont les cibles prioritaires du traitement. Ce sont les besoins empiriquement liés à la récidive et pouvant évoluer.

Le traitement cible les facteurs criminogènes – ceux dont le lien avec la récidive est empiriquement démontré et qui peuvent changer. ES = .19

Des besoins non criminogènes (estime de soi, empathie) peuvent aussi être ciblés car ils conditionnent la participation au traitement.
Principe de RéceptivitéAdapter le style de traitement aux caractéristiques individuelles du client (humeur, motivation, style d'apprentissage). C'est le principe le plus efficace. — Le plus déterminant

Ce principe exige d'adapter la méthode au style personnel du client, à son humeur et à son niveau de motivation quotidien. ES = .23

Réceptivité générale

Utiliser les Pratiques Correctionnelles Fondamentales (CCP)Core Correctional Practices : ensemble de techniques (chaleur, empathie, modélisation, renforcement) issues de la recherche canadienne sur le traitement efficace des délinquants. — chaleur, empathie, renforcement positif, modélisation.

Réceptivité spécifique

Adapter au style d'apprentissage individuel, aux troubles cognitifs éventuels, à la motivation changeante.

« Le Modèle de la Bonne Vie fournit un plan de vie qui, lorsqu'il est mis en œuvre efficacement, bloque les facteurs criminogènes. » Ward (2002, 2006), cité dans Yoon et al. (2012)
Le GLM est complémentaire au modèle RNR. Les deux sont utilisés conjointement : le RNR identifie les problèmes à traiter, le GLM fournit un plan de vie positif pour les surmonter. Marshall & Marshall (2012) : lorsque les forces nécessaires pour atteindre les objectifs du GLM sont développées, les facteurs criminogènes sont également traités efficacement.
Origine du modèle

Ward a créé le GLM à partir de recherches sur les efforts humains (Emmons, 1999 ; Schmuck & Sheldon, 2001), un concept initialement issu des travaux de Maslow (1968) mettant l'accent sur la réalisation de soi. Ward a découvert 9 domaines dans lesquels les gens s'efforcent de réussir. Les objectifs dans ces 9 domaines sont continuellement ajustés — pour mesurer la performance, il faut se comparer à ses propres objectifs, non aux réalisations d'autrui.

Données probantes (Marques et al., 2005) : les délinquants sexuels ayant atteint les objectifs thérapeutiques affichent un taux de récidive significativement plus faible que ceux qui ne les ont pas atteints. Ce résultat souligne l'importance d'une évaluation rigoureuse avec la TRS-2 en fin de traitement.

Les 9 domaines de la Bonne Vie

  1. Vie saine – santé physique, mentale et sexuelle
  2. Connaissances – acquérir un savoir dans un ou deux domaines
  3. Excellence dans les loisirs / vie professionnelle
  4. Autonomie – indépendance et autodétermination
  5. Paix intérieure – équilibre émotionnel
  6. Créativité – expression et création
  7. Relations humaines – liens sociaux et affectifs
  8. Spiritualité – sens et transcendance
  9. Bonheur – bien-être subjectif
Approche basée sur les forces
Le GLM ne se focalise pas sur les problèmes mais sur les compétences à développer. Mann & Webster (2002) ont montré que les refus de traitement étaient souvent liés à la perception que le programme ne s'intéressait qu'aux faiblesses.
Roue de la Bonne Vie – 9 domaines (Ward, 2002)
« La motivation est un état de préparation au changement qui peut varier selon le moment ou la situation, et non une caractéristique permanente. » Miller & Rollnick, cité dans Yoon et al. (2012)

Les 5 stades du changement (Prochaska & DiClemente, 1982)

1
Précontemplation
La personne ne reconnaît pas son problème. Elle ne ressent pas le besoin de changer.
2
Contemplation
Reconnaissance que l'habitude pose problème, mais aucun effort n'est encore entrepris.
3
Préparation
Élaboration d'un plan de changement, inscription à un programme de traitement.
4
Action
Engagement actif dans le traitement.
5
Maintien
Efforts continus pour maintenir les acquis après le traitement. Étape critique : beaucoup de clients pensent que les efforts ne sont plus nécessaires.

Les 7 caractéristiques du style motivationnel efficace

  1. Éviter de stigmatiser : ne pas utiliser les termes « délinquant sexuel », « violeur », « pédophile » pour désigner le client. Les clients sont des personnes ayant commis un crime sexuel.
  2. Exprimer de l'empathie : comprendre la situation douloureuse que traverse le client.
  3. Éviter les disputes : exprimer des idées alternatives de façon soutenante, non polémique.
  4. Soutenir le sentiment d'efficacité personnelleSelf-efficacy (Bandura, 1977) : croyance en sa capacité à réaliser un changement. Directement corrélée à la motivation et aux résultats thérapeutiques. : encourager les clients à croire en leur valeur et en leur capacité à changer.
  5. Écouter et réagir positivement : transmettre par les mots et le langage corporel que l'on écoute réellement.
  6. Éviter de jouer l'expert : montrer un modèle de résolution de problèmes, être honnête quand on ne sait pas.
  7. Reconnaître le rôle de la résistance : reconnaître que le changement est difficile mais pas impossible.
Groupe fermé

Tous les participants commencent et terminent ensemble. Structure solide, adaptée aux thérapeutes débutants.

  • Apprentissage direct et vicariant sur chaque thème
  • Risque de lassitude sur les mêmes modules
  • Recommandé pour les thérapeutes débutants
Groupe ouvert Recommandé

Admission continue. Chaque participant progresse à son propre rythme.

  • Cohésion de groupe se forme plus rapidement et se maintient plus efficacement (L.E. Marshall, Serran & Marshall, 2008)
  • Taux d'abandon plus faible ; dans le groupe fermé seulement 50 % de la capacité était remplie, contre 100 % en groupe ouvert (Ware & Bright, 2008)
  • Motivation et estime de soi améliorées ; les thérapeutes eux-mêmes trouvent le groupe ouvert plus efficace (Hoffman, Gedanken & Zim)
  • Membres expérimentés soutiennent et challengent les nouveaux — apprentissage vicariant renforcé
  • Accepte les clients en urgence (peine très courte)
  • Client perturbateur peut suspendre 1-2 semaines sans repartir de zéro
Données probantes : Ware et Bright ont comparé les deux formats avec les mêmes thérapeutes et le même guide de traitement. Les scores de l'Échelle de l'Environnement de Groupe de Moos (1986) étaient supérieurs sur toutes les sous-échelles dans le groupe ouvert, y compris la cohésion et l'expressivité émotionnelle.
Prévalence de la thérapie de groupe

McGrath, Cumming & Burchard (2003) ont enquêté sur les programmes pour délinquants sexuels en Amérique du Nord : 89,9 % utilisent la thérapie de groupe, cette proportion étant particulièrement élevée dans les établissements correctionnels. Le traitement individuel reste cependant indiqué pour les clients présentant une anxiété sociale invalidante ou des préoccupations de confidentialité (Ware, Mann & Wakeling, 2009).

Caractéristiques du groupe
Thérapeutes

Deux thérapeutes de préférence, un homme et une femme (configuration optimale). Ils doivent jouer un rôle égal et servir de modèle de relation respectueuse.

Taille optimale

8 à 10 personnes pour un thérapeute expérimenté. 6 personnes pour un thérapeute débutant. En dessous de 6 : feedback insuffisant. Au-delà de 10 : difficile de suivre chaque participant.


Durée des séances

2h30 par séance. L'apprentissage distribué (espacé) est plus efficace que l'apprentissage massé pour la rétention à long terme.

Fréquence

2-3 séances par semaine selon le niveau de risque. Une séance par semaine est insuffisante pour maintenir la motivation.

Le tableau ci-dessous recense les facteurs criminogènesFacteurs empiriquement liés à la récidive sexuelle, présentant un potentiel de changement. Ils constituent les cibles prioritaires du traitement. identifiés dans la littérature (Yoon et al., 2012).

Facteurs criminogènes CHRONIQUES Facteurs AIGUS (déclencheurs)
Déficits de compétences interpersonnellesColère / hostilité situationnelle
Manque de capacité de prise de perspectiveCapacité à comprendre le point de vue d'une autre personne. Déficit particulièrement marqué chez les délinquants sexuels (Hanson & Scott, 1995).Intoxication (alcool, drogues)
Solitude émotionnellePensées sexuelles déviantes immédiates
Compulsion sexuelleDésignée aussi « obsession sexuelle » ou « hypersexualité ». Facteur prédictif puissant de récidive (Hanson & Bussière, 1998). Touche ~30-40% des délinquants sexuels.Conflits relationnels soudains
Manque de contrôle émotionnelPerte d'emploi / stress financier aigu
Intérêts sexuels déviantsSentiment de rejet ou d'humiliation
Styles d'adaptation inadéquatsÉtat d'humeur très négatif ou très positif
Concordance émotionnelle avec les enfantsAccès à une opportunité criminelle
Compétences de résolution de problèmes inefficaces
Hostilité envers les femmes
L'estime de soi, l'empathie et les relations d'attachement ne sont pas des facteurs criminogènes, mais ils influencent de manière décisive les compétences interpersonnelles et le changement de comportement. Ils doivent donc aussi être traités.

L'évaluation K-MIDSA

L'outil coréen d'évaluation multidimensionnelle, adapté du MIDSA américain (Knight, 2009), permet d'identifier les besoins criminogènes spécifiques de chaque PPSMJ avant la mise en place du traitement.

Origine et développement

Le MIDSA (Multidimensional Inventory of Development, Sex, and Aggression, Knight, 2009) a été développé aux États-Unis pour évaluer les problèmes liés aux facteurs criminogènes propres à chaque délinquant sexuel. L'adaptation coréenne K-MIDSA a été validée sur 288 délinquants sexuels incarcérés et 190 hommes de la population générale, avec 33 sous-échelles validées lors de la première année de recherche (sur un total de 53 échelles prévues sur 3 ans).

Composition de l'échantillon de validation
Par statut pénal
  • 109 primo-délinquants sexuels
  • 179 récidivistes sexuels
  • 190 hommes civils (groupe de comparaison)
Par âge de la victime
  • 87 victimes de moins de 13 ans
  • 116 victimes de 13 à moins de 19 ans
  • 205 victimes femmes adultes
Par type de délinquance
  • 73 délinquants d'enfants/adolescents (exclusivement)
  • 133 délinquants d'adultes (exclusivement)
  • 71 type mixteLes délinquants de type mixte ont commis des crimes sexuels à la fois sur des mineurs et sur des adultes. Ce groupe présente les niveaux les plus élevés de compulsion sexuelle et les habitudes paraphiliques les plus importantes — facteur de risque cliniquement crucial. (crimes sur les deux groupes)
Résultats saillants de la validation
  • Récidivistes > primo-délinquants sur la compulsion sexuelle (sauf scatologie)
  • Type mixte = compulsion sexuelle la plus élevée + paraphilies les plus importantes
  • Agresseurs d'adolescents 13-19 ans : voyeurisme, exhibitionnisme, fétichisme et sadisme les plus élevés
  • Préoccupation sexuelle : civils > délinquants (effet d'âge — les civils sont plus jeunes et plus actifs sexuellement)
Propriétés psychométriques — Fiabilité des sous-échelles

La fiabilité interne (coefficient alpha de Cronbach) varie selon les domaines. Les sous-échelles majeures atteignent des niveaux satisfaisants à élevés :

  • Sexualité saine (compulsion sexuelle, préoccupation) : α = .70 – .80
  • Paraphilies (voyeurisme, exhibitionnisme, fétichisme, sadisme, scatologie) : α > .70 pour la plupart
  • Agression sexuelle d'enfants (excitation, distorsions, sadisme) : α = .76 – .90
  • Colère envahissante (diffuse, réactivité, rumination) : α = .60 – .86
  • Psychopathie (manque empathie, prise de perspective) : α ≈ .50 — fiabilité plus faible
  • Hypermasculinité (masculinité négative, hostilité envers femmes) : α ≈ .50 — différences culturelles probables
  • Les sous-échelles à α faible font l'objet d'un développement d'items supplémentaires en 2ème année
Les échelles de psychopathie et d'hypermasculinité présentent des fiabilités plus basses, probablement en raison de différences culturelles coréennes dans la définition de la masculinité. Interpréter ces scores avec prudence en attendant la validation complète.
Score T > 65 sur une échelle K-MIDSA indique que le client se situe nettement au-dessus de la moyenne et constitue un besoin thérapeutique prioritaire à cibler dans le plan de traitement.

Domaines évalués et correspondance thérapeutique

Domaine K-MIDSA Sous-échelles principales Fiabilité (α) Module de traitement correspondant
Sexualisation Compulsion sexuelle, Préoccupation sexuelle, Adéquation masculine .70 – .80 Obsession sexuelle, Sexualité saine
Paraphilies Voyeurisme, Exhibitionnisme, Fétichisme, Sadisme sexuel, Scatologie > .70 Sexualité déviante, Aversion olfactive
Agression sexuelle d'enfants Excitation envers les enfants, Distorsions cognitives, Sadisme pédophile .76 – .90 Déviance sexuelle, Empathie envers la victime
Psychopathie Manque d'empathie, Manque de prise de perspective ~.50 Empathie, Compétences interpersonnelles
Hypermasculinité Masculinité négative (Adéquation masculine), Hostilité envers les femmes ~.50 Relations interpersonnelles, Intimité
Colère envahissante Colère diffuse, Réactivité émotionnelle, Rumination .60 – .86 Gestion des émotions, Adaptation
Les sous-échelles de psychopathie et d'hypermasculinité ont montré une fiabilité plus faible (α ≈ .50) dans l'adaptation coréenne, possiblement due à des différences culturelles dans la définition de la masculinité. Des items supplémentaires sont en cours de développement.
Résultat contre-intuitif sur l'Adéquation masculine : les délinquants sexuels obtiennent des scores inférieurs aux civils sur cette sous-échelle — contrairement à l'hypothèse d'hypermasculinité. Ce résultat suggère que les délinquants sexuels présentent davantage une insécurité quant à leur adéquation sexuelle masculine qu'une masculinité exacerbée. Implication clinique : traiter ce sentiment d'inadéquation dans le module Intimité et Compétences interpersonnelles.

Autre résultat notable : les civils obtiennent des scores de Préoccupation sexuelle supérieurs aux délinquants — effet d'âge (les civils sont plus jeunes et sexuellement plus actifs). Ceci confirme que la préoccupation sexuelle seule n'est pas un facteur criminogène ; c'est la compulsion (sentiment d'incontrôlabilité) qui l'est.
Les 33 sous-échelles validées — Description détaillée

Domaine Sexualité

  • Compulsion sexuelle — Impulsions répétées, sentiment d'incontrôlabilité, fréquence élevée
  • Préoccupation sexuelle — Ruminations, fantasmes envahissants, difficultés de concentration
  • Adéquation masculine — Insécurité quant aux performances sexuelles, besoin de prouver sa virilité
  • Voyeurisme — Excitation à observer des personnes à leur insu
  • Exhibitionnisme — Impulsion à exposer ses organes génitaux
  • Fétichisme — Focalisation sur des objets ou parties du corps non génitales
  • Sadisme sexuel — Excitation par la souffrance ou l'humiliation d'autrui
  • Scatologie téléphonique — Appels obscènes, fantasmes associés

Agression sexuelle d'enfants

  • Excitation envers les enfants — Intérêt sexuel persistent envers les mineurs
  • Distorsions cognitives — enfants — Croyances légitimant les contacts sexuels avec mineurs
  • Sadisme pédophile — Excitation par la souffrance d'un enfant
  • Concordance émotionnelle — Identification et préférence pour la compagnie des enfants

Agression sexuelle d'adultes

  • Distorsions cognitives — femmes — Croyances justifiant la coercition sexuelle sur adultes
  • Sexualité coercitive — Recours à la force ou à la manipulation dans les relations sexuelles

Émotions & Personnalité

  • Psychopathie — affect — Absence de remords, manque d'empathie affective
  • Psychopathie — interpersonnel — Manipulation, mensonge, grandiosité
  • Psychopathie — comportement — Impulsivité, irresponsabilité, antisocialité
  • Hypermasculinité — Attitudes violentes légitimées, virilité exacerbée
  • Hostilité envers les femmes — Misogynie, ressentiment, blâme
  • Colère diffuse — État de colère chronique, faible seuil d'irritabilité
  • Réactivité émotionnelle — Débordement émotionnel face au stress
  • Rumination — Pensées répétitives de colère, vengeance

Relations & Attachement

  • Solitude émotionnelle — Sentiment d'isolement affectif, manque de liens intimes
  • Compétences sociales — Déficits dans l'initiation et le maintien des relations
  • Déficits d'empathie — Difficultés à reconnaître les émotions d'autrui
  • Prise de perspective — Incapacité à se mettre à la place de l'autre
  • Attachement anxieux — Peur de l'abandon, dépendance affective
  • Attachement évitant — Distance émotionnelle, rejet de l'intimité

Autorégulation

  • Impulsivité générale — Difficultés à inhiber les réponses immédiates
  • Styles d'adaptation inadéquats — Évitement, alcool, dissociation
  • Résolution de problèmes — Compétences déficitaires face aux difficultés quotidiennes
Guide d'interprétation clinique des scores

Lecture des scores T

Score TInterprétationAction
< 50En dessous de la moyennePas d'intervention prioritaire sur ce domaine
50–59Dans la moyenneSurveillance — peut devenir problématique
60–64Au-dessus de la moyenneÀ inclure dans la conceptualisation de cas
≥ 65Besoin clinique significatifCible thérapeutique prioritaire
> 70Besoin critiqueIntervention immédiate, adapter l'intensité

Vignette clinique illustrative

M. X., 34 ans, agresseur d'enfants : T=72 (Compulsion sexuelle), T=68 (Concordance émotionnelle), T=58 (Solitude émotionnelle), T=55 (Hostilité), T=48 (Colère).

Plan de traitement prioritaire : ① Obsession sexuelle (satiété + journal de fantasmes) ② Concordance émotionnelle (distorsions cognitives envers enfants) ③ Compétences d'intimité (solitude). Intensité : programme complet 310h (haut risque).

Le K-MIDSA ne remplace pas le jugement clinique. Les scores doivent toujours être interprétés dans le contexte de l'entretien clinique, du KSORAS et d'une conceptualisation de cas complète.
Utilisation clinique — Procédure

Le K-MIDSA est administré avant la mise en œuvre du programme de traitement afin d'identifier les caractéristiques liées aux besoins criminogènes de chaque client. Le thérapeute :

  1. Fait passer le questionnaire auto-rapporté (durée : 45-60 min) après obtention du consentement éclairé
  2. Calcule les scores T et identifie les sous-échelles T ≥ 65 comme cibles prioritaires
  3. Établit une conceptualisation de casCase formulation : analyse individualisée des facteurs distaux et proximaux du comportement délictueux, des forces et des besoins du client, constituant la base du plan de traitement personnalisé. individualisée reliant les scores aux éléments biographiques
  4. Définit les objectifs de traitement prioritaires et les intègre dans le plan de Bonne Vie
  5. Adapte l'intensité et la durée du traitement selon le niveau de risque global
K-MIDSA — Manuel d'administration & Cotation complet
24 sous-échelles · Règles de cotation · Fiche de profil clinique · Tableau thérapeutique · MIDSA-SC (Raiche et al., 2024) · 9 sections · ~30 pages
Nouvelle validation — MIDSA-SC (Raiche, Duval, Dauphinais, Knight & Guay, 2024)

Une sous-échelle de coercition sexuelle (MIDSA-Sexual Coercion Scale) a été développée et validée à partir des items du MIDSA (Knight, 2009) sur 529 PPSMJ américains (Raiche et al., CrimRxiv, 2024). La version très courte (5 items) présente d'excellentes propriétés psychométriques.

Les 5 tactiques de coercition sexuelle
  1. Manipulation / chantage — rapport complet (r=.78, le plus fréquent)
  2. Exploitation d'une personne intoxiquée — rapport complet (r=.73)
  3. Administration alcool / drogues — rapport complet (r=.74, tactique préméditée)
  4. Menaces de force physique — rapport complet (r=.72, α-IRT=2.63)
  5. Force physique — rapport complet (r=.75, α-IRT=2.68, le plus discriminant)
Propriétés psychométriques
  • Fiabilité globale : α = 0.80 (bonne cohérence interne)
  • Validité convergente : psychopathie r=.17–.41 · sexualisation r=.24–.31
  • Continuum agonistique (sadisme) : r=.46 — fort lien
  • Délinquance juvénile : r=.18–.32 · Délinquance adulte : r=.22–.39
  • Seule exception : anxiété envers les femmes non significative
Implication clinique : la manipulation/chantage est la tactique la plus fréquente et la plus facile (b1=−0.64) — elle doit être explorée systématiquement dans tout cheminement délictuel. La force physique est la plus discriminante (α-IRT=2.68) : un score élevé signale un risque de récidive avec violence. Le continuum agonistique (coercition → sadisme sexuel) représente une dimension unique — plus le score de coercition est élevé, plus le risque de sadisme est probable (Knight et al., 2013).
Questionnaire K-MIDSA — Passation interactive & Auto-scorage
Usage professionnel supervisé exclusivement. Ce questionnaire auto-rapporté doit être administré dans le cadre d'un suivi clinique. Les résultats ne se substituent pas au jugement clinique. Vos réponses sont sauvegardées localement dans votre navigateur.
Résultats & Feedback clinique personnalisé

Complétez le questionnaire ci-dessus puis cliquez sur « Calculer les scores » pour voir votre profil.

Manuel générique

Ce manuel constitue la base théorique et méthodologique à étudier avant toute mise en œuvre des programmes. Il détaille les principes opérationnels et les compétences à développer en thérapie.

Pratiques Correctionnelles Fondamentales (CCP)
« L'effet du traitement est maximisé lorsque le thérapeute fait preuve d'empathie et de chaleur, encourage de manière appropriée le changement prosocial et fournit quelques directives au client. Ces caractéristiques expliquaient 30 % à 60 % des changements produits par la thérapie. » Marshall, Serran, Fernandez et al. (2003)
Données probantes — Corrélations style du thérapeute / résultat
Dimension du styleCorrélation r avec le résultatSource
Encouragementr = .67Marshall et al. (2003)
Partage de soi (ouverture appropriée)r = .47Marshall et al. (2003)
Directivitér = .46Marshall et al. (2003)
Empathier = .26Marshall et al. (2003)
Chaleurr = .23Marshall et al. (2003)
CCP global (agents de probation)r = .41Bourgon & Armstrong (2005)
Bourgon & Armstrong (2005) — durées de traitement et tailles d'effet : 125h → ES=.05 · 250h → ES=.13 · 375h → ES=.22. L'intensité du traitement interagit directement avec la fidélité aux CCP.
Qualités personnelles du thérapeute
  • Chaleureux, empathique, soutenant
  • Non punitif, non confrontationnel
  • Ouvert, respectueux
  • Communication efficace
  • Ouverture de soi appropriéePartager ponctuellement une expérience personnelle difficile (ex : un chagrin d'amour adolescent) pour humaniser la relation thérapeutique et montrer au client qu'il est possible de surmonter les épreuves.
Techniques d'apprentissage social
  • Renforcement positif immédiat et spécifique
  • Modélisation des attitudes prosociales
  • Jeux de rôle (role-play)
  • Devoirs entre séances (généralisation)
  • Ignorance des comportements antisociaux
À ne pas faire : l'utilisation d'un style froid et confrontationnel fait disparaître l'ensemble de l'effet thérapeutique (Marshall et al., 2003). Les clients deviennent hostiles et refusent le traitement.
Compétences comportementales

Le programme utilise les principes du conditionnement opérantSkinner (1938) : les comportements dont les conséquences sont agréables augmentent en fréquence (renforcement), ceux dont les conséquences sont désagréables diminuent (punition). et du conditionnement classiquePavlov (1906) : un stimulus neutre associé répétitivement à un stimulus inconditionnel finit par déclencher la même réponse. Base des thérapies par aversion olfactive..

Renforcement positif

Présenter un événement agréable (compliment sincère, activité valorisante) après un comportement souhaitable. Récompenser immédiatement et spécifiquement.

Extinction

Diminution progressive d'un comportement problématique. Des réapparitions spontanéesSpontaneous recovery : recrudescence temporaire d'un comportement en cours d'extinction. Toujours déclenchée par un événement ou un état émotionnel, jamais « spontanée ». surviennent mais ne signifient pas un échec.

Généralisation : les comportements appris en séance doivent être pratiqués dans la vie quotidienne entre les séances. Cela ne se produit pas automatiquement – le thérapeute doit l'explicitement programmer (devoirs).
Compétences cognitives & Schémas

Les distorsions cognitivesProduits cognitifs déformés générés par des schémas inadaptés, activés par l'état émotionnel ou la situation. Ex : « les femmes méritent d'être violées » ou « les enfants désirent les relations sexuelles avec les adultes ». résultent de schémas sous-jacents activés par l'état intérieur actuel.

« Le déni n'est pas un facteur criminogène (Hanson & Bussière, 1998). Il n'est donc pas approprié de cibler la confrontation au déni comme objectif de traitement. » Yoon et al. (2012)

Les distorsions cognitives se révèlent naturellement lors des discussions sur les sujets appropriés (relations, autobiographie) et doivent être défiées continuellement tout au long du traitement, non dans un module dédié.

L'objectif n'est pas de faire assumer la responsabilité des événements passés, mais de faire prendre responsabilité pour l'avenir. Les clients ne peuvent pas changer leur crime, mais peuvent changer les modes de vie dysfonctionnels qui y ont conduit.
Compétences émotionnelles & Autorégulation

Les délinquants sexuels présentent des déficits marqués dans la reconnaissance de leurs propres émotions et de celles des autres (Hudson et al., 1993). Violeurs et agresseurs d'enfants interprètent la colère, la peur et le dégoût comme de la surprise.

Reconnaissance émotionnelle

Formation à identifier ses propres émotions et celles des autres. L'expression libre des émotions dans le groupe est activement encouragée.

Régulation émotionnelle

Ni inhibition totale (nocive psychophysiologiquement), ni expression incontrôlée (destructrice des relations). Équilibre conscient.

Échelle d'évaluation du thérapeute-2 (TRS-2)

La TRS-2 est utilisée en fin de traitement pour évaluer si les objectifs thérapeutiques ont été atteints. Chaque item est évalué sur trois dimensions : Compréhension cognitive · Acceptation · Expression (1 à 4).

Dimensions évaluéesIndicateurs observables
1. Initiative et responsabilitéCroit pouvoir contrôler sa vie, assume la responsabilité de changer, identifie les étapes pour atteindre ses objectifs
2. Empathie généralePerçoit les sentiments des autres, comprend les situations d'autrui, répond de manière appropriée
3. Attitude prosocialeAgit de façon prosociale, confronte les attitudes antisociales des autres, coopère avec le suivi
4. Capacité d'adaptationRéagit au stress avec des émotions appropriées, affronte les problèmes, peut les résoudre
5. Compétences pour l'intimitéConsidère les autres comme ayant de la valeur, se dévoile de manière appropriée, maintient des relations
6. Estime de soi positiveCroyances réalistes sur ses capacités, discours interne positif, sans humour auto-dévalorisant
7. Autorégulation généraleS'adapte à des environnements changeants, n'est pas impulsif, stabilité émotionnelle
8. Autorégulation sexuelleN'utilise pas le sexe comme mode d'adaptation, n'est pas obsédé, intérêts sexuels normaux
9. Compréhension des facteurs de risqueConnaît les situations à risque, accepte le feedback
10. Plan de vie futureObjectifs réalistes, soutien communautaire, activités de loisir, compétences professionnelles

Programme de renforcement de la motivation

Face à des taux de refus de traitement pouvant atteindre 80%, ce programme de 14 séances (environ 2 mois) prépare les PPSMJ à s'engager dans le programme régulier.

Contexte

Un nombre considérable de PPSMJ manifeste une résistance à participer au programme en raison de la honte, du rejet, de l'inconfort lié à la révélation des crimes. Cela entraîne une baisse de la participation et de la satisfaction au programme, et peut conduire à l'abandon.

Quand l'utiliser ?

Indiqué pour les personnes à faible volonté de participation. Peut être mis en œuvre pendant la période d'évaluation de classification ou en attente du traitement régulier. Peut aussi être utilisé en groupe ouvert avec les participants les moins motivés.

Récapitulatif des 14 séances

SéancesThèmeNb.Objectifs principaux
1 Introduction 1 Présentation du programme, règles du groupe, confidentialité, fiche d'activité sur l'estime de soi
2345 Processus de formulation de cas Autobiographie + Déclencheurs 4 Séances 2-3 : Autobiographie — histoire de vie complète (enfance, adolescence, vie adulte, relations, travail, événements positifs ET négatifs). Séances 4-5 : Déclencheurs immédiats du passage à l'acte — cheminement délictuel, facteurs distaux et proximaux
6 Analyse coûts-bénéfices 1 Explorer les pour et contre du changement pour renforcer la motivation intrinsèque
78 Estime de soi 2 Identifier les points forts, distinguer honte et culpabilité, développer l'auto-acceptation
910 Empathie 2 Modèle de Marshall (4 étapes), lettre de la victime, développer la prise de perspective
1112 Résolution de problèmes & Adaptation 2 Les 3 styles d'adaptation (centré problème, émotion, évitement), entraînement aux compétences
1314 Regard vers l'avenir 2 Roue de la Bonne Vie, fixation d'objectifs SMART, plan de vie

Détail des séances

1Séance 1 – Introduction & Estime de soi
Déroulement
  1. Accueil et présentation de chacun
  2. Explication du programme et de ses objectifs
  3. Établissement des règles du groupe (confidentialité, respect, participation active)
  4. Explication des limites de la confidentialité (obligation de signalement)
  5. Fiche d'activité sur l'estime de soi (voir exercice interactif)
Points clés pour le thérapeute
  • Encourager les clients à se décrire comme « une personne ayant commis un crime sexuel » et non comme « délinquant sexuel »
  • La honte est un obstacle au changement ; la culpabilité, non
  • Créer un climat chaleureux dès la première séance
  • Expliquer que les affiches des objectifs thérapeutiques resteront au mur
Adaptation au contexte SPIP/suivi individuel
En entretien individuel, prendre le temps de poser le cadre, clarifier la notion de confidentialité et les limites, rassurer le client sur l'usage des informations partagées. Ne pas hésiter à reformuler les objectifs en termes positifs (« ce que vous voulez construire ») plutôt qu'en termes de risque.
2-3Séances 2-3 – Autobiographie

L'autobiographie permet d'identifier les facteurs distaux (contextuels, chroniques) qui ont préparé le terrain du passage à l'acte, et de faire émerger les forces du client souvent ignorées par lui-même.

Contenu de l'autobiographie
  • Relations familiales (parents, fratrie)
  • Expériences d'enfance (positives ET négatives)
  • Adolescence : amis, amours, école
  • Vie adulte : travail, couple, loisirs
  • Santé physique et mentale
  • Événements marquants jugés importants par le client
Guideline pour le thérapeute
  • Les clients omettent souvent les événements positifs → les demander explicitement
  • Une majorité des PPSMJ ont subi des maltraitances (Marshall & Marshall, 2000)
  • Ne pas forcer la révélation détaillée du crime
  • Demander une autobiographie révisée incluant les forces
Pour les clients avec déficience intellectuelle : fournir un modèle en « ligne de vie » divisé en étapes (enfance, adolescence, début de l'âge adulte, expériences de vie ultérieures).
9-10Séances 9-10 – Empathie

Le modèle d'empathie de Marshall (4 étapes) guide l'intervention. L'objectif n'est pas de forcer les aveux, mais de développer la capacité à reconnaître les émotions d'autrui.

1. Reconnaître la souffrance d'autrui 2. Prise de perspective (point de vue) 3. Réponse émotionnelle appropriée 4. Expression de l'empathie (comportement) 1 2 3 4
Modèle d'empathie de Marshall, Hudson, Jones & Fernandez (1995)
Les clients qui perçoivent la souffrance de l'autre et se mettent en colère ou cherchent à réduire leur propre détresse (plutôt qu'empathiser) correspondent au modèle postérieur de l'empathie (L.E. Marshall & Marshall, graphique 3-4). Ce sont souvent des clients ayant des difficultés de régulation émotionnelle.
Modèle postérieur de l'empathie (L.E. Marshall & Marshall) — 3 parcours
Souffrance d'autrui perçue Parcours supérieur Colère / Plaisir sadique (psychopathes, sadiques hostiles) Absence d'empathie → Traitement : réduire l'hostilité en 1er Parcours intermédiaire Détresse → soi prime (majorité des PPSMJ) Blocage de l'empathie → Traitement : estime de soi + régulation émo. Parcours inférieur Inquiétude pour autrui (réponse empathique) Empathie exprimée → Objectif thérapeutique du programme
Modèle postérieur de l'empathie — L.E. Marshall & Marshall (graphique 3-4) — Usage thérapeutes uniquement
Utilisation clinique du modèle postérieur

La majorité des PPSMJ correspondent au parcours intermédiaire : ils bloquent leur empathie pour protéger leur propre estime de soi. Traitement prioritaire : renforcer l'estime de soi et la régulation émotionnelle avant d'aborder l'empathie envers la victime. Pour les clients du parcours supérieur (hostiles, sadiques) : réduire d'abord l'hostilité par la discussion et le feedback, puis suivre le parcours intermédiaire. Note : les délinquants sexuels psychopathes répondent étonnamment aussi bien que les autres à cette approche (Yoon et al., 2012).

4-5Séances 4-5 – Déclencheurs immédiats du passage à l'acte

L'objectif est d'identifier les facteurs distaux et proximaux précédant le crime, en utilisant le modèle du cheminement délictuel comme grille de lecture. Le client apprend à nommer les étapes sans avoir à décrire le crime en détail.

Facteursdistaux Événementdéclencheur Détressesubjective Étatsdésinhibiteurs Planification/ Opportunité Passageà l'acte Éval.post-crime
Modèle du cheminement délictuel (Yates et al., 2000, adapté par Yoon et al., 2012)
Pour le thérapeute
  • Présenter le modèle comme un outil de compréhension, non de jugement
  • Partir des étapes les plus éloignées du crime (facteurs distaux) pour réduire la menace
  • Ne pas exiger le récit détaillé du passage à l'acte
  • Se concentrer sur les états mentaux et émotionnels, pas sur les actes
Dialogue-type (extrait du manuel)

Thérapeute : « Avant de parler de l'incident lui-même, j'aimerais comprendre comment vous vous sentiez dans les jours ou les semaines qui ont précédé. Quelles difficultés traversiez-vous à ce moment-là ? »

Client : « J'avais perdu mon emploi… ma femme voulait me quitter… »

Thérapeute : « Ces situations étaient clairement très difficiles. Comment les avez-vous gérées à l'époque ? »

Adaptation SPIP / suivi individuel
Utiliser le cheminement délictuel comme fil conducteur sur plusieurs séances. Commencer par les facteurs distaux (histoire de vie), puis remonter progressivement vers les éléments déclencheurs. Relier chaque étape aux domaines de la Roue de la Bonne Vie non satisfaits.
6Séance 6 – Analyse coûts-bénéfices

L'analyse coûts-bénéfices est un outil central de l'entretien motivationnelMiller & Rollnick : technique consistant à explorer explicitement l'ambivalence face au changement pour renforcer la motivation intrinsèque. Ne pas confronter, mais refléter.. Elle permet d'externaliser et d'explorer l'ambivalence sans confrontation.

Déroulement en groupe
  1. Présenter les 4 quadrants au tableau
  2. Demander à chaque participant de remplir son propre tableau
  3. Partage en groupe — le thérapeute ne juge pas, il reflète
  4. Souligner les avantages du changement cités par le client lui-même
  5. Conclure par : « Compte tenu de tout cela, vers quoi aimeriez-vous aller ? »
Pièges fréquents
  • Argumenter contre les avantages de ne pas changer → renforce la résistance
  • Minimiser les inconvénients du changement perçus par le client
  • Conclure à la place du client : le thérapeute ne dit pas « donc vous devez changer »
  • Ne pas laisser suffisamment de temps pour que le client remplisse le tableau
« Le but n'est pas de convaincre le client de changer, mais de créer les conditions dans lesquelles il se convainc lui-même. » Miller & Rollnick (2002)
7-8Séances 7-8 – Estime de soi

Les délinquants sexuels présentent une faible estime de soi mais aussi, paradoxalement, une haute estime de soi fragileBaumeister et al. (1996) : certains individus ont une estime de soi apparemment haute mais extrêmement instable, qui s'effondre face à la critique. Ce profil est associé à la violence réactive. dans certains domaines (Marshall et al., 1997). L'objectif est de développer une estime de soi stable et réaliste.

Distinction cruciale : honte vs culpabilité
La honte (« je suis mauvais ») est paralysante et favorise le déni, la résistance et l'abandon. La culpabilité (« j'ai fait quelque chose de mal ») est motivatrice et favorise la réparation. L'objectif thérapeutique est de déplacer la honte vers la culpabilité.
Activités de la séance 7
  • Présenter la fiche d'activité sur l'estime de soi (6 domaines)
  • Chaque participant remplit la fiche individuellement
  • Partage en groupe : chacun présente 3 forces identifiées
  • Le groupe ajoute les forces qu'il observe chez le présentateur
Activités de la séance 8
  • Révision de la fiche complétée à domicile
  • Construction de la carte des forces personnelles
  • Exercice d'auto-affirmation positive (verbaliser devant le groupe)
  • Devoir : noter chaque jour une action dont on est fier
11-12Séances 11-12 – Résolution de problèmes & Adaptation

Les 3 styles d'adaptation aux problèmes

Centré sur le problème

Affronter directement la situation problématique. Chercher et mettre en œuvre des solutions concrètes. Adaptatif

Centré sur l'émotion

Gérer ses émotions face à un problème difficilement modifiable. Peut être adaptatif ou dysfonctionnel selon le contexte.

Évitement

Fuir la situation (consommation de drogues, pornographie). Soulagement à court terme, aggravation à long terme. Inadaptatif

StyleExemples adaptatifsExemples inadaptatifsRésultat à long terme
Centré problème Chercher de l'aide, planifier des actions, négocier Contrôle excessif, perfectionnisme paralysant Résolution durable
Centré émotion Verbaliser, méditer, exercice physique, chercher du soutien Rumination, catastrophisme, dépendance affective Variable selon le contexte
Évitement Pause temporaire avant d'agir (si délibérée) Alcool, drogues, pornographie, isolement, colère explosive Escalade des problèmes

En séance : identifier les styles utilisés par le client dans le passé, pratiquer des alternatives par jeu de rôle. Souligner qu'une bonne adaptation ne produit pas toujours les résultats attendus des autres — mais génère une satisfaction personnelle authentique.

13-14Séances 13-14 – Regard vers l'avenir

Ces deux dernières séances du programme préparatoire constituent le pivot vers le traitement régulier. Elles transforment la réflexion sur le passé en projet de vie concret et positif.

Séance 13 – Roue de la Bonne Vie
  1. Présentation des 9 domaines de la Bonne Vie
  2. Chaque client évalue son niveau de satisfaction actuel (0-10) dans chaque domaine
  3. Identification des 2-3 domaines prioritaires à développer
  4. Discussion : comment le comportement délictueux a-t-il détruit certains domaines ?
  5. Devoir : dessiner ou compléter sa roue personnelle
Séance 14 – Objectifs SMART & Transition
  1. Révision des roues complétées
  2. Pour chaque domaine prioritaire : formuler un objectif SMART
  3. Présentation au groupe — feedback bienveillant
  4. Bilan du programme préparatoire : « Qu'est-ce que vous emportez ? »
  5. Transition : présentation du programme régulier
Marqueur de succès du programme préparatoire : le client est capable de nommer au moins un objectif de vie positif dans le domaine des relations humaines ou de l'autonomie, et exprime une motivation intrinsèque à participer au traitement régulier.
Transition vers le SPIP / suivi en milieu ouvert
Si le client passe directement au suivi SPIP sans programme de groupe, les objectifs SMART formulés en séance 14 constituent la base du contrat d'accompagnement. Les intégrer dans le rapport de synthèse transmis au CPIP référent.

Programme de traitement régulier

87 à 100 séances, réparties en 3 phases, pour les PPSMJ à haut risque. L'approche basée sur les forces (GLM) guide l'ensemble du programme.

« Le thérapeute doit insister sur le fait que la participation efficace du délinquant sexuel à tous les aspects du traitement constituera la preuve de cette responsabilisation face à l'avenir. » Yoon et al. (2012) – Manuel du programme régulier
I
Phase 1 – Introduction au traitement
Séances 1 à 25 · Durée approximative : 25 séances × 2h30
SéancesModuleObjectifs
1-2Introduction & règlesConfidentialité, présentation des objectifs du traitement, alliance thérapeutique
3-6Regard vers l'avenirRoue de la Bonne Vie (4 séances), exploration des 9 domaines, espoir
7Fixation d'objectifsObjectifs SMART, plan de vie concret
8-9Analyse coûts-bénéficesAmbivalence face au changement, renforcement de la motivation
10-15Autobiographie

Histoire de vie complète, facteurs distaux, forces, expériences marquantes. La cohésion de groupe prédit des résultats positifs dans le traitement des délinquants sexuels (Beech & Fordham, 1997). L'autobiographie renforce cette cohésion en permettant une identification mutuelle.

Exemples de retours positifs obligatoires (Manuel) : « Merci d'avoir partagé en détail » · « Vous avez couvert toutes les périodes de votre vie » · « Cela semble être un récit sincère » · « Vous êtes bien conscient des problèmes de votre vie » · « Vous reconnaissez bien vos points forts » · « Vous avez très bien fait ». Ces retours doivent précéder toute question.

16-21Déclencheurs immédiats du comportement délictueuxCheminement délictuel, facteurs proximaux, états désinhibiteurs
22-25Estime de soi

Fiche d'activité (Annexe 7), carte des forces, auto-affirmations. Les 3 procédures de Marshall pour renforcer l'estime de soi :

  1. Identifier l'étendue et la fréquence des relations humaines de chaque client et les augmenter
  2. Identifier les activités que chaque client peut apprécier et l'encourager à y participer activement
  3. Identifier au moins 6 caractéristiques positives et les rappeler de manière répétée via la carte de poche

Lecture de la carte : avant le petit-déjeuner, au déjeuner, après le dîner, et juste avant de se coucher — chaque point lu au moins deux fois, de manière assurée et ferme.

II
Phase 2 – Problèmes émotionnels
Séances 26 à 74 · La plus longue et la plus intensive
SéancesModuleObjectifs
26-31Gestion des émotions & Adaptation

6 séances structurées :

  1. Reconnaissance émotionnelle (séances 26-27) : entraînement à identifier ses propres émotions et celles des autres. Les PPSMJ interprètent fréquemment la colère, la peur et le dégoût comme de la surprise (Hudson et al., 1993). Exercices avec photos d'expressions faciales, vignettes, jeux de rôle
  2. Régulation émotionnelle (séance 28) : ni inhibition totale (nocive psychophysiologiquement), ni expression incontrôlée (destructrice des relations). Équilibre conscient. Expression libre des émotions dans le groupe activement encouragée
  3. Les 3 styles d'adaptation (séances 29-30) : centré sur le problème / l'émotion / évitement. Identification des patterns personnels, lien avec le cheminement délictuel
  4. Résolution de problèmes (séance 31) : entraînement au modèle en 8 étapes sur des situations réelles actuelles
32-35Empathie

4 séances selon le modèle de Marshall, Hudson, Jones & Fernandez (1995) :

  1. Séance 32 : présenter le modèle en 4 étapes ; discussion de l'empathie générale (exemples non menaçants) ; vidéos ou témoignages de victimes d'autres types de violences pour amorcer la prise de perspective
  2. Séance 33 : exercice de la lettre imaginée de la victime — chaque client rédige ce que sa victime pourrait lui écrire (émotions, conséquences, questions). Lecture en groupe : 1 commentaire positif obligatoire avant toute question
  3. Séance 34 : rédaction de la lettre en réponse — responsabilité assumée, souffrance de la victime validée (« ce n'est pas ta faute »), regrets exprimés, engagement futur. Le thérapeute cherche des preuves de prise de perspective réelle
  4. Séance 35 : révision et approfondissement. Relier l'empathie aux distorsions cognitives identifiées tout au long du traitement. Transition vers le module Intimité

⚠ Prérequis : estime de soi renforcée (séances 22-25). Ces lettres ne doivent JAMAIS être envoyées à la victime réelle — le documenter dans le dossier.

36-41Intimité

Formation des relations intimes. Les 4 composantes fondamentales d'une relation intime :

  • Confiance : base de toute intimité ; se développe lentement, se perd rapidement
  • Amour : attachement émotionnel profond, distinct de l'attirance physique ou du désir sexuel
  • Respect : considérer l'autre comme une personne à part entière avec ses propres besoins
  • Partage : dévoilement mutuel progressif des pensées, émotions, expériences

Distinguer solitude émotionnelle (absence de liens intimes) de solitude sociale (absence de contacts). On peut être entouré et seul émotionnellement — ce qui est la forme la plus douloureuse et la plus criminogène.

42-43Isolement

Identifier la nature de la solitude (émotionnelle vs sociale). Stratégies :

  • Repérer les personnes dignes de confiance dans l'environnement actuel
  • Pratiquer l'ouverture de soi progressive (self-disclosure) avec des personnes sûres
  • Identifier les groupes de soutien accessibles (famille, bénévoles, associations)
  • Comprendre que l'isolement émotionnel est un facteur criminogène chronique — pas une fatalité
44-49Attachement

6 séances — modèle de Bartholomew & Horowitz (1991) :

  1. Séances 44-45 : présenter le modèle bidimensionnel (graphique des quadrants) ; discussion sur la formation des styles dans l'enfance via les MIF (Bowlby, 1969)
  2. Séance 46 : questionnaire d'attachement adulte (4 descriptions 0-7) ; identifier le style dominant ; relier à l'autobiographie
  3. Séances 47-48 : explorer comment le style d'attachement influence les relations actuelles du client (partenaire, enfants, amis, relations professionnelles)
  4. Séance 49 : relier aux infractions commises — comment le déficit d'intimité et la solitude émotionnelle ont contribué au cheminement délictuel. Transition vers les séances de compétences interpersonnelles (50-61)
50-61Compétences interpersonnelles

7 thèmes selon le manuel :

  1. Recherche du partenaire : priorité à l'affinité (religion, loisirs, intérêts communs, famille) sur l'apparence physique — dans une relation longue, l'affinité est bien plus importante
  2. Compétences en communication : conversations régulières, écoute active, respect des opinions divergentes
  3. Prudence : développer les nouvelles relations lentement — les PPSMJ s'engagent souvent trop vite
  4. Apprentissage : examiner ses relations passées en se concentrant sur ses propres actions plutôt que celles de l'autre ; apprendre de ses erreurs relationnelles
  5. Résolution de conflits : compromis, écoute, ne pas chercher à gagner la dispute
  6. Activités de loisirs communes : les expériences partagées renforcent le lien
  7. Ouverture de soi : quand (voire si) révéler son statut de délinquant sexuel à un nouveau partenaire — ni au premier rendez-vous, ni au mariage ; jeux de rôle sur cette révélation
62Jalousie Session dédiée

Distinguer deux types fondamentaux :

  • Jalousie soupçonneuse : sans preuve évidente d'infidélité — souvent signe d'infidélité de soi-même ou d'un déficit considérable d'estime de soi. Destructrice pour la relation
  • Jalousie réactive : survient lorsqu'il y a des preuves claires d'infidélité — appliquer les méthodes de résolution de problèmes ; thérapie de couple possible

Faire prendre conscience que rendre l'autre jaloux intentionnellement est également destructeur — la jalousie n'est pas une preuve d'amour mais d'amour destructeur.

63-65Sexualité saine

Éducation sexuelle centrée sur la satisfaction mutuelle (pas l'anatomie). Points clés du manuel :

  • Consentement préalable obligatoire : les enfants et les personnes en situation de subordination ne peuvent donner un consentement libre. En cas de doute : demander directement
  • Masturbation : normale et pratiquée par ~80 % des hommes. Les couples qui se masturbent seuls ont une plus grande satisfaction sexuelle
  • Fellation et sodomie : pratiques normales (sodomie : ~30 % des couples satisfaits). À aborder car souvent présentes dans les crimes — informer objectivement pour dé-stigmatiser dans un contexte adapté
  • Spontanéité et variété : rapports sexuels stéréotypés (même situation, même jour, même heure) mènent à l'ennui et réduisent la satisfaction des deux partenaires
  • Différences H/F : les femmes accordent plus d'importance à l'attention et à l'affection pendant les rapports. Cette différence s'estompe vers 40 ans, où les hommes valorisent davantage la tendresse. La fréquence souhaitée est similaire mais diminue avec l'âge chez les deux sexes
  • Satisfaction sexuelle ↔ satisfaction relationnelle ↔ satisfaction de vie : tout acte augmentant la satisfaction sexuelle mutuelle est précieux
66-68Obsession sexuelle

Prévalence : L.E. Marshall et al. (2008) : environ 40 % des délinquants sexuels présentent une obsession sexuelle cliniquement significative. C'est l'un des prédicteurs les plus puissants de récidive sexuelle (Hanson & Bussière, 1998).

Définition opérationnelle : impulsions ou comportements sexuels répétitifs, intenses, difficilement contrôlables, qui interfèrent avec les obligations quotidiennes et les relations. À distinguer de la fréquence sexuelle normale (très variable).

Traitement : ① Thérapie cognitive : surveiller les pensées, les stopper activement, les remplacer par des pensées adaptées ② ISRS (ex. sertraline) si obsession invalide la participation au traitement ③ Anti-androgènes en dernier recours (cas les plus sévères)

69-74Sexualité dévianteÉvaluation de l'intérêt déviant, aversion olfactive, masturbation dirigée, satiété
Module Attachement (séances 44-49) – Modèle de Bartholomew
StyleVue de soiVue des autresComportement interpersonnelNiveau d'intimité
Sécure + Positive+ Positive À l'aise avec l'intimité, recherche le soutien émotionnel, réciprocité Élevé
Préoccupé - Négative+ Positive Cherche constamment l'approbation, dépendant dans les relations, satisfait les besoins via le sexe Fluctuant, insatisfait
Craintif - Négative- Négative Désire l'intimité mais craint le rejet, maintient une distance protectrice Superficiel, insatisfait
Détaché + Positive- Négative N'accorde aucune valeur à l'intimité, se dévoile peu, blâme les autres Faible, souvent inexistant

Le style d'attachement insécurisé (préoccupé, craintif ou détaché) est un facteur de risque majeur. Le thérapeute aide le client à identifier son style et à comprendre comment il a influencé ses relations passées.

Module Sexualité déviante (séances 69-74) – Techniques comportementales
Ces techniques sont réservées aux délinquants présentant un intérêt sexuel déviant persistant confirmé : ~35-40 % des agresseurs d'enfants sans lien familial, ~30 % des violeurs (violeurs récidivistes). Les agresseurs incestueux ne montrent presque jamais d'excitation déviante aux tests. Ces techniques ne sont indiquées que si l'évaluation clinique (ou phallométrique) le confirme.

A. Techniques pour réduire l'intérêt déviant

1. Aversion olfactive

Associer les pensées/images sexuelles déviantes à une odeur nauséabonde (Garcia, Ervin & Koelling, 1966). Les odeurs utilisées dans les études incluent : acide valérique, mercaptoéthanol (odeur de putréfaction), ou viande avariée. Effets comportementaux puissants et durables — les associations olfactives sont parmi les plus résistantes à l'oubli (Rolls & Rolls, 1997 — adaptation sensorielle spécifique aux odeurs déplaisantes).

Procédure : ① Se détendre et permettre à l'image déviante de se développer pleinement ② Inhaler fortement l'odeur ③ Répéter jusqu'à ce que la pensée soit associée à la nausée. Plusieurs séances de pratique à domicile entre les séances thérapeutiques.

2. Aversion à l'ammoniac

Inhaler du sel d'ammoniac (sels stimulants) dès l'apparition de pensées déviantes. Transmis par le système de la douleur et non le système olfactif — réaction aversive courte mais intense. Très utile pour les exhibitionnistes et autres délinquants en situation réelle : le client porte un petit flacon et l'utilise dès qu'une pensée déviante apparaît. Données d'efficacité robustes (Marshall, 2006).

Avantage clé : peut être utilisé en milieu naturel (transport en commun, espace public) sans attirer l'attention.

3. Liaison implicite (Covert sensitization — Cautela, 1967)

Associer les pensées déviantes à l'imagination de conséquences réalistes et désagréables (Cautela, 1967). Paradigme associationniste — le changement résulte de la simple association, non de la punition. Efficace pour éliminer pensées, impulsions et comportements déviants (Marshall, 2007).

Procédure : ① Le client s'imagine dans une scène déviante ② Juste avant le moment critique, il imagine une conséquence réaliste et aversive (être vu, arrêté, visage horrifié de sa famille) ③ Il s'imagine ensuite résolument tourner le dos et se sentir soulagé. Les conséquences imaginées doivent être réalistes (pas fantastiques) pour être efficaces. Utilisée en combinaison avec la satiété.

B. Techniques pour augmenter l'intérêt adapté

4. Masturbation dirigée

Origine : McGuire, Carlisle & Young (1965) — théorie étiologique selon laquelle les délinquants sexuels ont développé leurs intérêts déviants en se masturbant à des fantasmes déviants. Technique développée par Marquis (1970) et Marshall (1971).

Procédure : ① Identifier avec le client des fantasmes sexuels appropriés (adulte consentant, sexe préféré) ② Si le client ne ressent aucune attirance envers des adultes : commencer par des images légèrement déviantes et les déplacer progressivement vers des images de partenaires adultes. S'arrêter systématiquement à l'orgasme sur une image adaptée ③ Entraîner à utiliser ces pensées lors de la masturbation. La pratique répétée augmente l'attirance par renforcement (Laws & Marshall, 1991).

5. Satiété (Satiation — Marshall, 1975)

Après l'orgasme, le client entre en période réfractaire (~90 à 120 secondes post-orgasme — Masters & Johnson, 1966) : état de non-réponse sexuelle physiologique. Durant les 10 minutes suivant l'orgasme, le client répète des fantasmes déviants sans se masturber. Les fantasmes déviants sont associés à l'absence de renforcement → extinction.

Procédure modifiée (Marshall, 1975, 1977, 1979) : la procédure originale (Marquis, 1970) durait 1 heure — trop longue, mauvaise observance. Marshall a réduit à 10 minutes post-orgasme — beaucoup plus efficace en pratique. Le client enregistre ses séances sur cassette (vérification thérapeute). À pratiquer 6 semaines minimum. Résultat : élimination ou réduction significative des fantasmes déviants dans 85 % des cas.

C. Traitement médicamenteux (dernier recours)

Pharmacothérapie

ISRS (ex : sertraline) : si l'obsession sexuelle est si forte qu'elle empêche la participation au traitement comportemental. Efficace pour réduire l'obsession sexuelle (Kafka, 2007).

Anti-androgènes : acétate de médroxyprogestérone (Provera), acétate de cyprotérone (Androcur), acétate de leuprolide (Lupron). Réduisent la testostérone à un niveau permettant un meilleur contrôle. À utiliser de manière limitée pour les cas les plus sévères ne répondant pas aux thérapies comportementales. Surveiller les effets secondaires.

Marshall (1997) : fournir les connaissances et compétences pour satisfaire les besoins sexuels de manière adaptée peut suffire à normaliser les schémas d'excitation sans cibler directement les intérêts déviants — résultat observé chez des agresseurs d'enfants très déviants après traitement interpersonnel.

D. Outils de suivi (Annexes du programme régulier)

Journal quotidien des fantasmes (Annexe 13)

Suivi quotidien des pensées/fantasmes sexuels selon leur nature (déviant D / adapté A), leur durée et leur intensité (1-2-3). Permet d'objectiver l'évolution sur plusieurs semaines. Outil de monitoring clinique — supervision professionnelle obligatoire.

Exposition sexuelle hebdomadaire (Annexe 14)

Relevé hebdomadaire des actes de soulagement sexuel (masturbation / rapports) et des pulsions. Utilisé pour évaluer l'évolution de l'obsession sexuelle et l'efficacité des interventions comportementales.

Mesure phallométrique (Annexe 16)

Mesure de la réponse érectile (circonférence pénienne) lors de la présentation de stimuli sexuels variés — étalon-or pour évaluer l'intérêt déviant persistant. Nécessite un équipement spécialisé. Alternative : Échelle de dépistage de l'intérêt pédophilique de Seto & Lalumière (2001), fortement corrélée aux résultats phallométriques (Seto, Harris, Rice & Barbaree, 2004).

III
Phase 3 – Autogestion
Séances 75 à 87 · Consolidation et préparation à la libération
SéancesModuleObjectifs
75-80Plans de Bonne Vie

Retour sur la Roue de la Bonne Vie (comparaison avec la roue initiale de Phase 1 — objectiver les progrès). Fixation d'objectifs SMART pour l'après-libération. Stratégies d'autogestion émotionnelle.

Données de résultat (étude coréenne) : sur 535 délinquants sexuels sur 5,4 ans : taux de récidive sexuelle de 3,2 % après traitement complet vs 16,8 % sans traitement (p < .001). L'atteinte des objectifs thérapeutiques TRS-2 est le principal médiateur de cet effet (Marques et al., 2005).
81-82Stratégies pour éviter la rechuteIdentification des situations à risque, plans de gestion, généralisation des compétences acquises. Objectif d'approche (Bonne Vie) préféré à l'objectif d'évitement (ne pas récidiver) — efficacité supérieure à long terme (Mann et al., 2004)
83-85Groupes de soutien

Identifier et consolider le réseau de soutien pour la période post-libération :

  1. Soutien personnel : identifier 3 à 4 personnes dans l'entourage (famille, amis dignes de confiance) — pas trop de personnes pour que les liens restent significatifs
  2. Soutien professionnel : CPIP référent, médecin coordonnateur de l'injonction de soins, thérapeute individuel si disponible
  3. Soutien communautaire : services de probation, maisons de transition communautaire (si disponibles), associations d'insertion, groupes d'entraide

Exercice : rédiger la liste concrète de ces 3 niveaux de soutien avec coordonnées — à conserver et à réviser avant la libération.

86-87Plan de fin de traitement

Rapport final de traitement incluant :

  • Évaluation TRS-2 (par les deux thérapeutes indépendamment, puis consensus)
  • Résumé des progrès sur les facteurs criminogènes ciblés
  • Plan de Bonne Vie final avec objectifs SMART post-libération
  • Réseau de soutien consolidé (3 niveaux)
  • Situations à risque identifiées et stratégies personnelles d'autogestion
  • Recommandations pour le SPIP et le service de probation — transmission obligatoire
Alternative à la prévention de la rechute : plutôt que de se concentrer sur l'évitement (objectifs négatifs), encourager le client à continuer à réaliser ses objectifs de Bonne Vie (objectifs d'approche). Les objectifs d'approche sont associés à une meilleure participation au traitement et à moins de rechutes (Mann et al., 2004).

Utiliser le programme en individuel

Comment les CPIP et psychologues du SPIP peuvent adapter les exercices de groupe en entretiens individuels dans le cadre du suivi en milieu ouvert ou de la probation.

Le traitement individuel est moins répandu que le traitement de groupe : McGrath et al. (2003) estiment que 89,9 % des programmes correctionnels nord-américains utilisent la thérapie de groupe. Cependant, le suivi individuel reste indispensable dans le contexte français du SPIP, notamment pour les clients en milieu ouvert, sous injonction de soins, ou présentant une anxiété sociale invalidante.
Matrice d'adaptation — Exercices groupe → individuel
Exercice Faisabilité individuel Modalité d'adaptation Séance type
Autobiographie ★★★ Excellent Entretien narratif semi-structuré ; écriture entre séances ; ligne du temps 2-4 séances de 60 min
Analyse coûts-bénéfices ★★★ Excellent Remplir ensemble ou donner en devoir ; débriefing en séance suivante 1 séance de 60 min
Fiche estime de soi ★★★ Excellent Le CPIP peut ajouter ses propres observations des points forts du client 2 séances (remplissage + révision)
Roue de la Bonne Vie ★★★ Excellent Support visuel idéal ; explorer chaque domaine par questionnement ouvert 1-2 séances de 60 min
Objectifs SMART ★★★ Excellent Relier directement au plan de suivi judiciaire et aux conditions de liberté 1-2 séances de 60 min
Cheminement délictuel ★★★ Excellent Contexte privilégié pour ce travail sensible ; permet une progression au rythme du client 3-5 séances de 60 min
Attachement adulte ★★★ Excellent Questionnaire auto-rapporté, débriefing clinique riche possible 1 séance de 45-60 min
Lettre de la victime ★★☆ Adapté Le professionnel guide la rédaction séquentiellement ; attention à la régulation émotionnelle 2-3 séances espacées de 60 min
Gestion des émotions (3 façons) ★★☆ Adapté Compenser l'absence de pairs par des vignettes cliniques fictives 1-2 séances de 60 min
Jeux de rôle interpersonnels ★☆☆ Difficile Le CPIP/psychologue joue le rôle du partenaire ; feedback limité sans pairs À intégrer dans séances thématiques
Résolution de conflits ★☆☆ Difficile Utiliser des scénarios écrits ; débriefer sans simulation directe À intégrer dans séances thématiques
Cadre de l'entretien individuel SPIP — Alliance et légitimité
« L'alliance thérapeutique est le prédicteur le plus robuste de l'issue du traitement, quelle que soit la modalité (groupe ou individuel). » Horvath & Symonds, 1991 — méta-analyse 24 études, r = .26
Dès la 1ère séance
  1. Clarifier la double posture du CPIP (mandataire judiciaire ET personne de soutien)
  2. Expliquer les limites de la confidentialité dans le cadre pénal (obligation de signalement)
  3. Présenter les objectifs en termes positifs : « Ce que vous voulez construire »
  4. Signer ensemble un « contrat d'engagement » informel sur les objectifs et le rythme
  5. Demander au client : « Qu'est-ce que vous attendez de ces séances ? »
Maintien de l'alliance au fil des séances
  • Rappeler les progrès à chaque séance (renforcement positif)
  • Nommer les ambivalences sans les confronter
  • En cas de résistance : revenir à l'analyse coûts-bénéfices
  • Adapter le rythme aux événements de vie (sanction disciplinaire, transfert, visite familiale)
  • Maintenir la continuité malgré les ruptures de suivi — reprise sans stigmatisation
Exemple de séance individuelle sur l'estime de soi — Programme préparatoire
1
Accueil & alliance (5 min)
Prendre la température émotionnelle du client. « Comment vous sentez-vous aujourd'hui ? » Rappel bienveillant de la confidentialité et de ses limites.
2
Révision du devoir précédent (5-10 min)
Si la fiche d'estime de soi a été donnée en devoir, la réviser ensemble. Valoriser l'effort, même partiel. Reformuler positivement : « Vous avez identifié X — c'est déjà important ».
3
Travail sur le contenu (30-40 min)
Remplir ensemble la fiche des 10 points forts. Explorer les domaines (activités, relations, travail, apparence). Identifier les ressources ignorées ou minimisées. Le professionnel note aussi ses propres observations des forces du client.
4
Feedback & renforcement (10 min)
Souligner spécifiquement les points forts identifiés (pas « c'est bien » mais « vous avez mentionné que vous écoutez vraiment les autres — c'est une qualité rare »). Inviter le client à formuler une auto-affirmation positive à voix haute.
5
Devoir & clôture (5 min)
Assigner un devoir concret et réaliste (ex : noter une réussite quotidienne, aussi mineure soit-elle). Construire la carte des forces sur une carte de poche. Rappeler la prochaine séance.
Exemple de séquence individuelle — Cheminement délictuel (3 séances)
Le cheminement délictuel en individuel ne peut être abordé qu'après une alliance thérapeutique solide (minimum 4-6 séances) et une estime de soi suffisante. Ne jamais entamer ce travail lors d'une séance isolée sans possibilité de suivi rapproché.
Séance 1 — Facteurs distaux

Présenter le modèle comme outil de compréhension, pas de jugement. Commencer par les facteurs les plus éloignés dans le temps (enfance, histoire de vie). Relier à l'autobiographie déjà travaillée. Ne pas aborder les faits ce jour-là.

Séance 2 — Déclencheurs et détresse

Travailler sur l'événement déclencheur et la détresse subjective. Utiliser des questions ouvertes : « Comment vous sentiez-vous dans les jours précédents ? » Identifier les états désinhibiteurs sans les nommer comme « excuses ».

Séance 3 — Points d'intervention et plan de Bonne Vie

Identifier ensemble les 2-3 points d'intervention les plus précoces dans le cheminement. Relier à la Roue de la Bonne Vie : quel domaine non satisfait a contribué aux facteurs distaux ? Intégrer dans les objectifs SMART du plan de suivi.

Recommandations pour l'entretien motivationnel en suivi SPIP
  1. Poser le cadre légal clairement dès le début (injonction de soins, suivi judiciaire, obligations)
  2. Utiliser les 7 caractéristiques du style motivationnel (voir section Introduction)
  3. Ne jamais exiger le récit détaillé du crime — se concentrer sur les états mentaux
  4. Ancrer les objectifs dans le projet de vie, pas uniquement dans la prévention du risque
  1. Utiliser les supports papier (fiches Word téléchargeables) pour concrétiser et garder une trace
  2. Adapter le rythme au niveau de motivation et aux capacités du client (déficits cognitifs éventuels)
  3. Travailler sur un seul outil par séance — ne pas surcharger
  4. Coordonner avec le médecin ou psychiatre de l'injonction de soins et partager les progrès

Scripts d'entretien SPIP — Verbatim complets

Ces scripts sont des guides verbatim adaptés au contexte SPIP. Ils respectent les 7 caractéristiques de l'entretien motivationnel et les CCP. Les formulations entre guillemets peuvent être dites telles quelles ou adaptées.
Script 1 — Première rencontre : cadre et alliance

Durée : 45-60 min · Objectif : établir le cadre légal, poser les bases de l'alliance, explorer les attentes

1
Accueil et présentation (5 min)

« Bonjour [Prénom]. Je suis [Nom], Conseiller Pénitentiaire d'Insertion et de Probation. Je vais être votre référent(e) dans le cadre de votre suivi. Avant de commencer, j'aimerais qu'on prenne un moment pour qu'on se présente et que je vous explique comment ça va fonctionner. »

2
Clarifier la double posture (10 min)

« Mon rôle est particulier, et je veux être honnête avec vous dès le début. D'un côté, je suis mandaté par le tribunal — je dois vérifier que vous respectez vos obligations judiciaires et je fais des rapports. De l'autre côté, mon travail c'est aussi de vous aider à construire quelque chose de positif pour votre avenir. Ces deux rôles peuvent parfois sembler contradictoires. Comment vous sentez-vous par rapport à ça ? »

  • Confidentialité et ses limites (obligation de signalement)
  • Contenu des rapports au juge
  • Fréquence des rencontres et modalités pratiques
3
Explorer les attentes du client (15 min)
  • « Qu'est-ce que vous savez sur pourquoi vous êtes ici aujourd'hui ? »
  • « Qu'est-ce que vous attendez de ces rencontres — dans le meilleur des cas ? »
  • « Y a-t-il des choses dont vous voulez absolument qu'on parle ? D'autres dont vous préférez ne pas parler pour l'instant ? »
Technique EM : ne pas répondre par la liste des obligations. Laisser le client s'exprimer d'abord, refléter, puis compléter avec les éléments du cadre judiciaire.
4
Devoir pour la prochaine séance (5 min)

« Pour notre prochaine rencontre, j'aimerais que vous réfléchissiez à une question : dans 5 ans, comment vous voudriez que votre vie se passe ? Pas ce que vous devez faire, mais ce que vous voulez vraiment. On en parlera ensemble. »

Script 2 — Roue de la Bonne Vie en entretien individuel

Durée : 60 min · Prérequis : 2e ou 3e rencontre · Objectif : explorer les 9 domaines, identifier les priorités

1
Introduction de l'outil (5 min)

« Aujourd'hui je voudrais qu'on utilise un outil qui s'appelle la Roue de la Bonne Vie. Il y a 9 grands domaines de vie dans lesquels les gens cherchent à s'épanouir. Pour chacun, vous allez me dire à quel point vous êtes satisfait en ce moment, de 0 à 10. Ce n'est pas un test — il n'y a pas de bonnes ou mauvaises réponses. »

2
Exploration domaine par domaine (35 min)

Pour chaque domaine :

  • « Sur ce domaine — [nom] — si vous vous donnez une note de 0 à 10, ce serait quoi ? »
  • « Qu'est-ce qui fait que vous donnez ce chiffre plutôt que moins ? » (chercher les forces)
  • « Qu'est-ce qui vous manque pour mettre un point de plus ? » (identifier les besoins)
Si score très bas (0-2) :

« Si vous étiez en dehors de toute contrainte — qu'est-ce qui serait important dans ce domaine pour vous ? »

Si score très haut (9-10) :

« Vous donnez 9 sur 10 — c'est vraiment bien. Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas 10 ? » (calibrage, éviter le déni)

3
Synthèse et priorités (10 min)

« En regardant ces 9 domaines, lequel vous semblerait le plus important à développer en premier ? »

« Si vous deviez n'en choisir qu'un seul à améliorer — pas pour moi, pas pour le juge, mais pour vous — ce serait lequel ? »

« Ce domaine que vous avez choisi — est-ce qu'il a un lien avec ce qui vous a amené ici ? »

Script 3 — Analyse coûts-bénéfices face à la résistance

Indiqué pour : clients résistants, déni important, motivation extrinsèque uniquement

1
Reconnaître la résistance sans la combattre (5 min)

« J'entends que vous n'êtes pas convaincu que ce suivi va changer quoi que ce soit. C'est une position tout à fait compréhensible. Je ne suis pas là pour vous convaincre de changer. Mais j'aimerais qu'on regarde ensemble ce que ça vous coûte et ce que ça vous apporte, dans les deux cas — changer ou ne pas changer. »

2
Remplir le tableau ensemble (20 min)

Commencer par les avantages de NE PAS changer :

« Qu'est-ce qu'il y a de bien à rester comme vous êtes maintenant ? » — Valider chaque réponse. Ne jamais contre-argumenter.

Puis les inconvénients :

« Et si vous ne changez rien — qu'est-ce que ça risque de vous coûter dans 5 ans ? »

Les avantages de changer — seulement ceux cités par le client :

« Vous avez mentionné [reprendre mot pour mot]. En quoi c'est important pour vous personnellement ? »

3
Question de clôture (5 min)

« En regardant tout ce qu'on a mis dans ce tableau — et c'est vous qui avez tout dit, pas moi — vers quoi est-ce que vous avez envie d'aller ? »

Ne jamais dire : « Donc vous devez changer. » La conclusion appartient au client.
Script 4 — Cheminement délictuel en 3 séances individuelles

Prérequis : 4-6 séances d'alliance établie, estime de soi travaillée

Séance 1 — Facteurs distaux
  • « Dans les mois et années avant les faits, qu'est-ce qui manquait dans votre vie ? »
  • « Dans quel domaine vous sentiez-vous le plus seul(e), incompris(e), en échec ? »
  • « Ce besoin non satisfait — comment est-ce que vous essayiez d'y répondre à l'époque ? »
Séance 2 — Déclencheur, détresse, désinhibition
  • « Qu'est-ce qui s'est passé dans les jours précédant les faits ? »
  • « Qu'est-ce que vous ressentiez à ce moment-là ? Où dans votre corps ? »
  • « Face à cette détresse — qu'est-ce que vous avez fait pour essayer de ne pas la ressentir ? »
  • « Est-ce que quelqu'un aurait pu voir que vous n'alliez pas bien ? »
Séance 3 — Points d'intervention et plan de prévention
  • « À quel moment vous auriez pu vous arrêter le plus tôt ? »
  • « Si vous vous retrouviez dans la même situation aujourd'hui — qu'est-ce que vous feriez différemment ? »
  • « Y a-t-il une personne à qui vous pourriez parler dans ces moments-là ? »
NE PAS demander le récit des actes. Si le client commence : « Pour aujourd'hui, on va rester sur ce que vous ressentiez plutôt que sur ce qui s'est passé. »
Script 5 — Gestion d'une rupture de suivi ou d'un faux pas
1
Accueillir sans juger (éviter l'EVA)

« Je vous remercie d'être venu(e) aujourd'hui. Je sais que ça n'a pas dû être facile. Ce qui compte, c'est que vous soyez là maintenant. »

Ne PAS commencer par : « Vous saviez que vous aviez une obligation... » — cela renforce la honte et l'abandon.

2
Explorer ce qui s'est passé
  • « Qu'est-ce qui s'est passé depuis notre dernière rencontre ? »
  • « Quand vous sentez que vous vous éloignez — qu'est-ce qui se passe à l'intérieur ? »
  • « Est-ce que vous vous souvenez du moment où vous avez commencé à vous dire que ça ne valait plus la peine ? »
3
Recadrer et relancer

« Ce qui vient de se passer — c'est pas un échec. C'est une information. Qu'est-ce qu'on peut faire différemment ? »

« Vous étiez là avant. Vous êtes là maintenant. Ce chemin qu'on construit ensemble — il est toujours là. On reprend où on en était. »

Script 6 — Réponses aux résistances fréquentes
Ce que dit le clientRéponse recommandée (EM + CCP)
"Je n'ai pas besoin de ce suivi — j'ai déjà réglé mes problèmes.""Je vous entends. Qu'est-ce qui a changé concrètement depuis les faits, selon vous ? Je voudrais comprendre votre cheminement."
"Je ne veux pas parler de ça — c'est mon passé.""Très bien. Mais je voudrais qu'on parle de votre avenir — de ce que vous voulez construire. Ça vous convient ?"
"Vous allez tout rapporter au juge de toute façon.""Ce que je rapporte, c'est le respect de vos obligations — pas le contenu de nos conversations. Je vous propose qu'on définisse ensemble ce que vous êtes à l'aise de voir figurer dans les rapports."
"Ça ne sert à rien — je ne vais pas changer.""Je n'attends pas que vous changiez pour me plaire. Ce que j'espère, c'est qu'on trouve ensemble ce qui a de la valeur pour vous dans 5 ans. Qu'est-ce qui compte vraiment pour vous ?"
"Vous ne pouvez pas comprendre — vous n'avez pas vécu ça.""Vous avez raison — je n'ai pas vécu ce que vous avez vécu. C'est pour ça que j'ai besoin que vous m'expliquiez. Vous êtes le seul à pouvoir m'aider à comprendre votre histoire."
"Je fais ça juste parce que je suis obligé.""C'est honnête. Le fait d'être là, même par obligation, c'est déjà quelque chose. Est-ce qu'il y a une partie de vous — même petite — qui espère que quelque chose de positif peut sortir de ça ?"

Changements institutionnels

Le rapport de Yoon et al. (2012) formule des recommandations précises pour les 4 étapes de la chaîne pénale, transposables au contexte français (SPIP, établissements pénitentiaires, injonction de soins).

« Pour que les programmes de traitement soient efficaces, il est essentiel qu'ils reposent sur des données probantes et soient intégrés dans un système coordonné allant du jugement jusqu'au suivi post-carcéral. » Yoon Jeong-sook et al. (2012) — Institut Coréen de Criminologie
Étape 1 — Le Jugement
Problème actuel
  • L'obligation de soins est souvent réservée aux auteurs d'infractions sur mineurs, excluant les auteurs de crimes sur adultes alors que leur risque de récidive est équivalent
  • La durée du traitement est fixée dès le jugement (ex : « 80 heures ») sans possibilité d'ajustement, alors que cette durée devrait dépendre de l'évaluation du risque
  • Le traitement débute souvent immédiatement sans phase d'évaluation préalable structurée
Recommandations
  • Étendre l'obligation de soins à tous les auteurs d'infractions sexuelles (adultes et mineurs victimes)
  • Fixer un maximum (ex : « dans la limite de 300 heures »), la durée réelle étant déterminée après évaluation du risque
  • Différencier la durée selon le niveau de risque : 85h (faible), 190h (moyen), 310h (élevé) — Bourgon & Armstrong (2005)
  • Prévoir une phase d'évaluation systématique (K-MIDSA, KSORAS, PCL-R) avant tout traitement
Étape 2 — La Classification (évaluation du risque)

L'évaluation du risque de récidive est la pierre angulaire du principe RNR. Elle conditionne l'intensité du traitement (principe du Risque) et identifie les cibles prioritaires (principe des Besoins).

Outils recommandés
OutilCe qu'il mesureValidité
KSORASKorean Sex Offender Risk Assessment Scale — équivalent coréen du Static-99. Facteurs statiques incluant : âge, victimes multiples, victimes étrangères, violence physique, pénétration, victime masculine, crime non planifié, antécédents sexuels non condamnés, antécédents non sexuels, facteurs relatifs à l'infraction. Facteurs de risque statiques (délinquants sexuels d'enfants) Analogue Static-99
HAGSOROutil d'évaluation du risque coréen développé initialement pour les délinquants sexuels d'enfants. Yoon et al. (2012) recommandent de le compléter afin qu'il couvre aussi les délinquants sexuels d'adultes — lacune actuelle du système coréen. Facteurs de risque statiques (à adapter aux délinquants d'adultes) En développement pour adultes
PCL-RPsychopathy Checklist-Revised (Hare). Mesure la psychopathie sur 20 items en 2 facteurs : lié au personnage (affect/relations) et comportement antisocial/mode de vie. Passation semi-structurée, nécessite une formation. Psychopathie — en complément (avantages supplémentaires) r ≈ .70 récidive sexuelle
K-MIDSA Besoins criminogènes spécifiques 33 sous-échelles validées
Facteurs dynamiques aigus Déclencheurs situationnels récents Complémentaires aux statiques
3 niveaux de risque → 3 intensités de traitement
🟢 Risque faible

~85 heures · 2 séances/semaine · 4 mois
Programme préparatoire optionnel

🟡 Risque moyen

~190 heures · 2 séances/semaine · 6 mois
Programme régulier Phases 1+2

🔴 Risque élevé

~310 heures · 3 séances/semaine · 10 mois
Programme complet 3 phases + préparatoire

Étape 3 — Le Traitement
Principes organisationnels
  • Groupes ouverts recommandés pour maximiser la cohésion et réduire le taux d'abandon (Ware & Bright, 2008)
  • Groupe séparé pour les délinquants à lésions cérébrales ou troubles du développement : approche adaptée, rythme ralenti, soutiens visuels
  • Thérapeutes formés aux CCP et supervisés régulièrement — fidélité mesurée par observation des séances
  • En fin de traitement : rapport clinique TRS-2 transmis au fournisseur de traitement en milieu ouvert ET à l'agent de probation (CPIP) — transmission obligatoire des deux
  • Séances de suivi : après la fin du traitement intensif, prévoir des séances de rappel une fois par mois pendant au moins 6 mois pour consolider les acquis et prévenir la récidive
Sur-traitement des délinquants à faible risque
Lovins, Lowenkamp & Latessa (2009) : placer des délinquants à faible risque dans des programmes intensifs peut augmenter leur taux de délinquance — exposition à des modèles antisociaux et perturbation du réseau prosocial existant.
Récidive après traitement (données coréennes)
Sur 535 délinquants sexuels suivis 5,4 ans : taux de récidive sexuelle de 3,2 % après traitement vs 16,8 % sans traitement (p < .001). L'effet est maintenu sur la durée du suivi.
Étape 4 — Gestion post-carcérale (SPIP / Probation)

La continuité du suivi après la détention est essentielle. Le dossier de traitement (résumé de progression, TRS-2, plan de Bonne Vie) doit être transmis à la fois au fournisseur de traitement en milieu ouvert et à l'agent de probation — ces deux destinataires sont explicitement mentionnés dans le manuel.

En milieu ouvert (SPIP)
  • Suivi CPIP régulier — une fois par mois minimum en phase post-traitement
  • Référence systématique aux objectifs du plan de Bonne Vie et à la TRS-2
  • Coordination avec le médecin ou psychiatre de l'injonction de soins
  • Réactivation du programme préparatoire si rupture de suivi ou rechute
  • Accès aux groupes de soutien communautaires identifiés en Phase 3
Mesures judiciaires complémentaires
  • Bracelet électronique : relier les conditions aux facteurs de risque identifiés
  • Injonction de soins : coordonner avec le médecin coordonnateur
  • FIJAIS : articulation avec les obligations de pointage et les interdictions
  • Suivi socio-judiciaire : maintien du lien thérapeutique à travers les mutations
Comparaison des systèmes : Corée / Canada / France
DimensionSystème coréen (cible)Système canadien (référence)Contexte français (SPIP)
Évaluation du risque KSORAS + PCL-R + K-MIDSA Static-99 + LSI-R + SVR-20 Pratiques variables selon établissements ; PCL-R peu utilisé
Durée différenciée 85-310h selon risque Intensité strictement calibrée sur le risque Souvent fixée au jugement, peu flexible
Format Groupe ouvert recommandé Groupe ouvert standard Majoritairement individuel en SPIP
Transmission dossier Obligatoire entre étapes Système informatisé centralisé Variable, souvent insuffisante
Suivi post-carcéral Plan de Bonne Vie intégré Suivi de libération conditionnelle structuré Suivi CPIP + injonction de soins

Exercices interactifs

Ces exercices reproduisent fidèlement les fiches d'activité du manuel K-MIDSA. Vos réponses sont sauvegardées automatiquement dans votre navigateur.

Confidentialité : toutes les données saisies restent dans votre navigateur (localStorage). Aucune donnée n'est transmise à un serveur. Vous pouvez effacer vos réponses à tout moment.
Exercice 1 – Roue de la Bonne Vie
Évaluer son niveau de satisfaction dans les 9 domaines de vie et identifier les priorités de changement

Permettre au client d'évaluer son niveau de satisfaction actuel dans les 9 domaines de la Bonne Vie (Ward, 2002) et d'identifier les 2-3 domaines prioritaires à développer. La roue sert de point de départ au plan de vie et est revisitée en Phase 3 (séances 75-80) pour mesurer la progression.

En groupe, chaque participant présente sa roue et reçoit un feedback bienveillant des pairs. En individuel, le CPIP explore chaque domaine par questionnement ouvert : « Dans ce domaine, qu'est-ce qui vous manque le plus ? Qu'est-ce qui vous rendrait plus satisfait ? »

Ward (2002) — Modèle de la Bonne Vie (GLM) : les êtres humains sont fondamentalement orientés vers la réalisation de certains biens primaires (Emmons, 1999 ; Maslow, 1968). Ces biens sont universels mais s'expriment différemment selon les individus. Lorsqu'un domaine est chroniquement insatisfait, la personne cherche à y répondre de manière inadaptée — ce qui constitue un facteur criminogène.

Marques et al. (2005) : les clients ayant atteint leurs objectifs de Bonne Vie en fin de traitement présentent des taux de récidive significativement plus faibles. La roue objectivise les domaines déficitaires et focalise le traitement sur des forces à construire plutôt que sur des risques à éviter.

Approche basée sur les forces : contrairement aux modèles centrés sur le risque, le GLM part du principe que le client possède déjà des ressources dans certains domaines. Le thérapeute valorise ces ressources avant d'aborder les déficits.
  1. Introduire les 9 domaines à voix haute, avec un exemple concret pour chacun.
  2. Demander au client d'attribuer un score de 0 (totalement insatisfait) à 10 (pleinement épanoui) pour chaque domaine en ce moment.
  3. Tracer la roue visuellement — l'aspect graphique facilite la prise de conscience.
  4. Demander : « Quel domaine vous surprend le plus ? Lequel est le plus urgent à développer ? »
  5. Identifier ensemble les 2-3 domaines prioritaires à intégrer dans les objectifs SMART.
  6. Conserver la roue — elle sera comparée à la roue finale en Phase 3 pour mesurer la progression.
Piège fréquent : les clients attribuent souvent des scores très bas partout (découragement) ou très hauts (déni). Calibrer : « Si vous pensez à une personne que vous admirez dans votre entourage, ce score vous semble-t-il juste ? »
  • Ne pas interpréter les scores bas comme une évaluation négative de la personne — certains domaines sont structurellement bas en détention (Autonomie, Relations)
  • Distinguer satisfaction objective (réalité externe) et subjective (ressenti interne) — les deux sont valides et importantes
  • La roue n'est pas statique : elle peut être remplie à nouveau à mi-parcours pour objectiver la progression
  • En contexte carcéral : contextualiser (« compte tenu de votre situation actuelle... ») pour éviter les scores artificiellement bas

Cliquez sur « Configurer » pour ajuster les scores (0 = très insatisfait, 10 = totalement épanoui). La roue se met à jour en temps réel.

Score total
Exercice 2 – Fixation d'objectifs SMART
Formuler un objectif de vie concret selon la méthode SMART

Transformer les aspirations issues de la Roue de la Bonne Vie en objectifs concrets, mesurables et temporellement définis. Développer la pensée téléologique — la capacité à imaginer et planifier un avenir souhaitable — directement liée à la réduction de la récidive à long terme (Mann et al., 2004).

Locke & Latham (2002) — Théorie de la fixation d'objectifs : les objectifs spécifiques et challengeants produisent de meilleures performances que les objectifs vagues. Quatre mécanismes : direction de l'attention, mobilisation de l'effort, persistance dans le temps, développement de stratégies.

Mann et al. (2004) — Objectifs d'approche vs évitement : dans le traitement des PPSMJ, les objectifs formulés positivement (« développer des relations intimes saines ») sont plus efficaces que les objectifs négatifs (« ne plus récidiver »). Ils sont associés à une meilleure participation et moins de rechutes.

Lien GLM : chaque objectif SMART doit correspondre à un domaine de la Bonne Vie identifié comme déficitaire dans la roue. Ce lien rend l'objectif intrinsèquement motivant et ancré dans le projet de vie.
  1. Partir d'un domaine prioritaire identifié dans la Roue de la Bonne Vie.
  2. Formuler une aspiration générale : « Je voudrais... »
  3. Transformer cette aspiration en objectif SMART en répondant aux 5 critères. Exemple du manuel : « CAP cuisine dans les 8 mois suivant la libération ».
  4. Vérifier que l'objectif est positif (approche, pas évitement) — reformuler si nécessaire.
  5. Identifier 3 à 5 étapes concrètes avec une échéance pour chacune.
  6. Prévoir les obstacles prévisibles et les stratégies pour les surmonter (lien avec les 3 façons de faire face).
  7. En groupe : présenter l'objectif, feedback bienveillant des pairs puis du thérapeute.
  • Objectifs irréalistes : aider à calibrer sans décourager. Demander : « Quelle est la première étape réaliste cette semaine ? »
  • Vérifier la sécurité des objectifs interpersonnels : un objectif impliquant un accès à des victimes potentielles doit être systématiquement reformulé
  • Sous injonction de soins : relier les objectifs SMART aux conditions judiciaires (emploi, résidence, interdictions)
  • Réévaluer les objectifs si la situation change (transfert, sanction, libération anticipée)

Exemple issu du manuel : « Trouver un meilleur emploi après la libération »

Exercice 3 – Analyse coûts-bénéfices
Explorer l'ambivalence face au changement pour renforcer la motivation intrinsèque

Explorer et externaliser l'ambivalence face au changement — présente chez tous les clients, y compris les plus motivés — afin de renforcer la motivation intrinsèque sans confrontation. Le client se convainc lui-même en articulant ses propres raisons de changer, sans pression externe.

Miller & Rollnick (2002) — Entretien motivationnel : l'ambivalence est un état normal et universel face au changement. La confronter directement produit un effet boomerang (reactance psychologique) et renforce la résistance. Refléter et amplifier le discours-changement spontané du client renforce la motivation intrinsèque sans contrainte.

Prochaska & DiClemente (1982) — Stades du changement : cet outil est particulièrement indiqué pour les clients en stade de contemplation (reconnaissent le problème sans s'y attaquer) ou de préparation. Il aide à résoudre l'ambivalence et à passer à l'action de manière autonome.

  1. Présenter les 4 quadrants sans jugement : « Il n'y a pas de bonnes ou mauvaises réponses. »
  2. Laisser le client remplir seul en silence (10-15 min) — ne pas intervenir pendant ce temps.
  3. En groupe : tour de table sans commentaires immédiats du thérapeute.
  4. Le thérapeute reflète uniquement les éléments pro-changement cités par le client lui-même — ne jamais ajouter des raisons que le client n'a pas mentionnées.
  5. Question de clôture : « Compte tenu de tout cela, vers quoi est-ce que vous voulez aller ? »
  6. Conserver la fiche — elle peut être révisée en cas de rupture de motivation au cours du traitement.
PIÈGE MAJEUR : argumenter contre les avantages de ne pas changer produit un effet boomerang garanti. Rester en mode réflexion, jamais en mode persuasion.
  • Ne pas minimiser les inconvénients du changement (« oui mais ça en vaut la peine... ») — les valider pleinement
  • Ne jamais conclure à la place du client — c'est lui qui doit nommer sa décision de changer
  • Si le client ne cite aucun avantage au changement : explorer d'abord l'alliance thérapeutique, pas l'exercice
  • Les exemples préremplis (issus du manuel) doivent être adaptés à la situation individuelle du client

Remplissez les 4 quadrants. Des exemples issus du manuel sont proposés en placeholder.

Avantages de ne PAS changer
Inconvénients de ne PAS changer
Avantages de CHANGER
Inconvénients de CHANGER
Exercice 4 – Fiche d'activité sur l'estime de soi
Identifier ses points forts dans différents domaines de vie

Identifier les points forts dans six domaines de vie (Activités, Relations interpersonnelles, Détente, Connaissances, Travail, Apparence) et formuler au moins 10 points forts personnels concrets. Développer une estime de soi stable, réaliste et positive comme facteur protecteur contre la récidive.

Marshall et al. (2009) : les auteurs d'infractions sexuelles présentent systématiquement une faible estime de soi chronique. Certains développent une estime de soi haute mais fragile (Baumeister et al., 1996) — instable, défensive, s'effondrant face à la critique et associée à la violence réactive.

Tangney (1991) — Honte vs culpabilité : la honte (« je suis mauvais comme personne ») est paralysante et favorise le déni, la résistance et l'abandon du traitement. La culpabilité (« j'ai fait quelque chose de mal ») est motivatrice et favorise la réparation. L'objectif clinique est de déplacer progressivement la honte vers la culpabilité.

Mécanisme thérapeutique : une estime de soi renforcée augmente la tolérance aux états émotionnels négatifs sans recourir à des comportements désinhibiteurs — facteur protecteur indirect contre la récidive.
  1. Distribuer la fiche en expliquant l'objectif : trouver des forces, pas évaluer des problèmes.
  2. Le client remplit chaque domaine individuellement (20-25 min). Le thérapeute encourage discrètement.
  3. En groupe (séance 8) : chaque participant lit 3 forces. Le groupe ajoute les forces observées chez le présentateur — souvent plus généreux que l'auto-évaluation.
  4. Construire la carte des forces : 6-8 points forts sur une carte de la taille d'une poche.
  5. Consigne de lecture : matin, midi, soir avant de dormir. La répétition quotidienne est obligatoire pour ancrer les nouvelles croyances.
  6. Séance suivante : exercice d'auto-affirmation positive à voix haute devant le groupe — renforcement immédiat et spécifique du thérapeute.
  • Résistance fréquente (« je n'ai aucune qualité ») : commencer par les domaines les moins menaçants (loisirs, apparence) avant les relations et le travail
  • Ne jamais confondre estime de soi et acceptation des actes criminels — clarifier explicitement dès le début de l'exercice
  • Clients ayant commis des violences graves : surveiller les signes de honte intense, dissociation ou désengagement pendant l'exercice
  • Faible niveau de littératie : utiliser des pictogrammes ou une liste prédéfinie de qualités à cocher

Pour chaque domaine, décrivez des situations concrètes où vous avez été à votre avantage ou dont vous êtes fier. Identifiez ensuite vos 10 points forts.

Exercice 5 – Questionnaire sur le style d'attachement adulte
Identifier son style d'attachement dominant (Bartholomew & Horowitz, 1991)

Identifier le style d'attachement dominant du client (Sécure, Préoccupé, Craintif, Détaché) selon le modèle bidimensionnel de Bartholomew (1990). Comprendre comment ce style s'est formé dans l'enfance et comment il influence les relations actuelles, notamment la vulnérabilité interpersonnelle contribuant au passage à l'acte.

Bowlby (1969) — Théorie de l'attachement : les modèles internes de fonctionnement (MIF) se forment dans l'enfance à travers les interactions avec les figures d'attachement. Ces MIF guident les relations adultes de manière largement inconsciente.

Bartholomew & Horowitz (1991) : modèle bidimensionnel générant 4 styles. Les styles insécurisés sont fortement associés aux déficits interpersonnels des PPSMJ — solitude émotionnelle chronique, relations superficielles, incapacité à tolérer l'intimité (Ward et al., 1995). Marshall & Marshall (2000) : la majorité des PPSMJ rapportent des expériences d'attachement insécurisé ou de maltraitance dans l'enfance.

  1. Présenter d'abord le graphique des quadrants (Exercice 12) — expliquer les 2 dimensions sans jargon.
  2. Le client évalue chaque description sur 0-7 selon la correspondance avec sa façon habituelle d'être en relation.
  3. Calculer ensemble le style dominant (score le plus élevé).
  4. Discussion : « Dans quelle mesure cette description vous correspond-elle ? Depuis quand ? »
  5. Relier aux expériences d'attachement précoce identifiées dans l'autobiographie.
  6. Insister : le style d'attachement est appris, donc modifiable — c'est l'objectif des séances 50-61.
  • Clients de style Détaché : rejetteront souvent l'exercice ou minimiseront — ne pas confronter, explorer avec curiosité
  • Cet exercice peut déclencher des souvenirs douloureux d'abandon ou de maltraitance — prévoir du temps pour la régulation émotionnelle
  • Ne pas pathologiser les styles insécurisés : tous les humains ont un style, et tous peuvent évoluer avec un travail thérapeutique
  • Un client peut se reconnaître dans plusieurs styles — normaliser et explorer la dominante situationnelle

Évaluez dans quelle mesure chaque description correspond à votre manière générale d'être en relation (0 = pas du tout, 7 = tout à fait).

Exercice 6 – Modèle d'empathie de Marshall
Développer la capacité empathique en 4 étapes – exercice de la lettre

Développer la capacité empathique spécifique envers les victimes en 4 étapes séquentielles (Marshall et al., 1995). L'exercice des lettres constitue la technique principale : imaginer la lettre de la victime développe la prise de perspective ; rédiger la réponse développe l'expression comportementale de l'empathie.

Marshall, Hudson, Jones & Fernandez (1995) : les PPSMJ ne présentent pas un déficit d'empathie globale mais une incapacité spécifique à empathiser avec leur propre victime — maintenue par des mécanismes de défense (minimisation, attribution de responsabilité à la victime). Le modèle en 4 étapes permet d'intervenir à chaque niveau.

Modèle postérieur de L.E. Marshall (graphique 3-4) : la majorité des PPSMJ correspond au parcours intermédiaire — ils perçoivent la détresse de la victime mais la bloquent pour protéger leur propre estime de soi. Traitement préalable obligatoire : l'estime de soi doit être renforcée avant d'aborder l'empathie envers la victime.

Prérequis : ne pas utiliser prématurément. Une estime de soi fragile + confrontation à la souffrance de la victime = risque de décompensation ou d'abandon du traitement.
  1. Prérequis : minimum 4-6 séances d'alliance établie, estime de soi travaillée.
  2. Séance 1 : présenter le modèle en 4 étapes avec des exemples non menaçants (empathie générale).
  3. Séance 2 : exercice de la lettre imaginée — guidance séquentielle : émotions → conséquences → questions à l'auteur.
  4. Séance 3 : lecture en groupe. Règle absolue : 1 commentaire positif obligatoire avant toute question.
  5. Séance 4 : rédaction de la réponse. Critères : responsabilité assumée, souffrance de la victime validée, engagement futur.
  6. Le thérapeute recherche des preuves de prise de perspective réelle (descriptions émotionnelles, pas intellectuelles).
Ces lettres ne doivent JAMAIS être envoyées à la victime — le clarifier explicitement et le documenter dans le dossier clinique.
  • Lettres auto-justificatrices : ne pas confronter directement, demander « Qu'est-ce que la victime ressentait à ce moment précis ? »
  • Détresse émotionnelle intense pendant la lecture : avoir un protocole de régulation prêt (respiration, pause, retour au présent)
  • Clients psychopathes : Yoon et al. (2012) notent qu'ils répondent étonnamment bien à cette approche — ne pas exclure a priori
  • En individuel SPIP : la lettre peut porter sur un cas fictif si le client n'est pas encore prêt à aborder sa propre victime

Cet exercice s'articule en deux parties : imaginer ce que la victime pourrait écrire, puis rédiger une réponse exprimant une compréhension de l'impact de ses actes.

Note pour le professionnel : cet exercice ne doit pas être utilisé prématurément. Il nécessite une alliance thérapeutique établie et une estime de soi suffisante pour supporter la détresse émotionnelle qu'il peut susciter. En individuel, le thérapeute reste présent et régule l'intensité émotionnelle.
Exercice 7 – Cheminement délictuel (modèle de Yates)
Identifier les facteurs distaux et proximaux dans un cas fictif ou personnel

Identifier les 7 étapes du processus ayant conduit au passage à l'acte, depuis les facteurs distaux (chroniques) jusqu'à l'évaluation post-crime. L'objectif n'est pas de faire raconter le crime en détail, mais d'identifier les points d'intervention précoces et de les relier au plan de Bonne Vie pour construire la prévention.

Yates, Kingston & Hall (2000) — Modèle des voies : le passage à l'acte sexuel n'est presque jamais impulsif. Il résulte d'une séquence identifiable de facteurs distaux (vulnérabilités chroniques non satisfaites), d'un événement déclencheur aigu, d'états émotionnels négatifs, de comportements désinhibiteurs et d'une opportunité ou planification.

Baumeister (1990) — Déconstruction cognitive : lors du passage à l'acte, la pensée abstraite est suspendue au profit d'une focalisation sur les désirs immédiats, permettant d'ignorer les conséquences et les inhibitions morales habituelles. Identifier ce mécanisme aide le client à comprendre comment des personnes « ordinaires » peuvent commettre des actes graves.

Message clinique : comprendre le cheminement n'est pas minimiser la responsabilité — c'est identifier les points d'intervention précoce pour que cela ne se reproduise pas.
  1. Présenter le modèle graphiquement — discuter d'un exemple fictif en groupe pour déstigmatiser l'exercice.
  2. Partir des étapes les plus éloignées du crime (facteurs distaux) — moins menaçantes émotionnellement.
  3. Question clé à chaque étape : « Qu'est-ce que vous ressentiez ? » (pas « qu'avez-vous fait ? »)
  4. NE PAS exiger le récit détaillé des actes criminels — se concentrer sur les états mentaux et émotionnels.
  5. En fin d'exercice : « Quel est le point le plus précoce où vous auriez pu interrompre ce cheminement ? »
  6. Relier les facteurs distaux aux domaines déficitaires de la Roue de la Bonne Vie — créer le lien avec le plan de traitement.
  • Alliance thérapeutique préalable obligatoire — minimum 4-6 séances avant cet exercice
  • Clients qui minimisent (« ça s'est passé en 5 minutes ») : normaliser la durée du processus sans confronter directement
  • Ne jamais utiliser cet exercice comme aveu ou comme preuve dans le cadre judiciaire — clarifier la confidentialité au préalable
  • EVA (Effet de Violation de l'Abstinence) : si un faux pas survient pendant le traitement, le cheminement peut être réactivé — avoir une procédure de gestion des crises prête
  • En SPIP : déployer sur 3-5 séances individuelles, pas nécessairement en une seule fois
Cet exercice peut être utilisé de manière didactique (cas fictif) ou dans un cadre thérapeutique (facteurs personnels). Dans le contexte SPIP, il est recommandé de l'aborder après plusieurs séances d'alliance thérapeutique.
Exercice 8 – Courbe d'extinction et réapparition spontanée
Comprendre le processus d'extinction pour dédramatiser les faux pas

Comprendre le processus d'extinction comportementale (diminution progressive d'un comportement problématique) et le phénomène de réapparition spontanée, afin de dédramatiser les faux pas en cours de traitement et prévenir l'Effet de Violation de l'Abstinence (EVA).

Pavlov (1906) / Skinner (1938) — Conditionnement et extinction : un comportement conditionné diminue progressivement en fréquence et intensité lorsque le renforcement est retiré. Ce processus n'est pas linéaire : des réapparitions spontanées se produisent, surtout en réponse à des stimuli émotionnels ou situationnels spécifiques.

Marlatt & Gordon (1985) — Effet de Violation de l'Abstinence (EVA) : face à un faux pas, certaines personnes réagissent par une attribution interne, stable et globale (« je suis sans espoir »), ce qui entraîne une augmentation du comportement problématique et souvent l'abandon du traitement. Interpréter le faux pas comme une information sur les déclencheurs — et non comme un échec personnel — est une compétence thérapeutique fondamentale.

  1. Présenter la courbe SVG. Expliquer les phases sans jargon : « Imaginez quelqu'un qui arrête de fumer... »
  2. Demander : « Avez-vous déjà vécu une situation où vous aviez arrêté quelque chose et où vous avez rechute ? Qu'est-ce qui s'est passé avant ? »
  3. Distinguer explicitement réapparition spontanée (normale, temporaire) et EVA (interprétation catastrophisante qui aggrave).
  4. Entraîner les clients à identifier leurs déclencheurs personnels de réapparition (émotions, situations, pensées).
  5. Développer un plan de réponse au faux pas : reconnaître → identifier le déclencheur → reprendre le plan de Bonne Vie.
Message-clé : les réapparitions spontanées sont prévisibles, temporaires, et toujours déclenchées par un état identifiable. Les identifier est une opportunité d'apprentissage, pas un signe d'échec.
  • Ne pas présenter l'extinction comme une « guérison » définitive — le risque de réapparition persiste longtemps après le traitement
  • Certains clients utilisent ce concept pour minimiser leurs rechutes (« c'est normal ») — maintenir l'accent sur l'identification des déclencheurs et la responsabilité
  • L'EVA peut survenir des mois ou des années après la fin du traitement — l'intégrer dans le plan d'autogestion de Phase 3

Survolez les phases de la courbe pour afficher les explications. Cliquez sur les points clés pour ajouter vos réflexions.

0 Faible Moyen Élevé Temps (séances de traitement →) Fréquence du comportement Réapparition spontanée 1 Réapparition spontanée 2 Début du traitement ⚠ Effet de Violation de l'Abstinence (EVA)
Courbe d'extinction typique avec réapparitions spontanées (adapté de Yoon et al., 2012)
L'Effet de Violation de l'Abstinence (EVA)

Lorsqu'un faux pas survient, deux réactions sont possibles :

❌ Réaction EVA

« Je suis un raté », « Le traitement n'a servi à rien » → Abandon, retour au niveau initial

✅ Réaction adaptée

Reconnaître le déclencheur émotionnel, reprendre le contrôle, ne pas lire le faux pas comme un échec total

Exercice 9 – Les 3 façons de faire face à un problème
Identifier ses styles d'adaptation habituels et développer des alternatives prosociales

Identifier les 3 grands styles d'adaptation aux problèmes (centré sur l'émotion, évitement, centré sur le problème), reconnaître ses propres patterns habituels, et développer progressivement des stratégies alternatives centrées sur le problème. L'évitement est ciblé directement comme facteur criminogène proximal.

Lazarus & Folkman (1984) — Théorie du stress et de l'adaptation (coping) : l'adaptation est l'ensemble des efforts cognitifs et comportementaux pour gérer les demandes dépassant les ressources de la personne. L'adaptation centrée sur le problème modifie la situation stressante ; l'adaptation centrée sur l'émotion gère la détresse ; l'évitement fuit les deux.

Application clinique : les PPSMJ utilisent massivement l'évitement comme mode de régulation — alcool, pornographie, isolement, rumination. Ces comportements constituent des états désinhibiteurs aggravant la vulnérabilité au passage à l'acte (voir cheminement délictuel, étape 4).

Nuance importante : l'adaptation centrée sur l'émotion n'est pas systématiquement inadaptative. Pleurer, chercher du soutien social, prier — ce sont des formes adaptées selon le contexte. L'évitement chronique est le problème.
  1. Présenter les 3 colonnes avec les exemples du manuel. Discussion en groupe sur des situations du quotidien.
  2. Chaque client remplit ses propres exemples dans chaque colonne, tirés de son expérience passée.
  3. Identifier le style dominant de chaque client — sans jugement.
  4. Relier aux facteurs distaux et désinhibiteurs du cheminement délictuel : « Ces stratégies d'évitement, à quelle étape de votre cheminement sont-elles apparues ? »
  5. Jeux de rôle : pratiquer l'adaptation centrée sur le problème face à une situation stressante concrète et actuelle.
  6. Entraîner les 8 étapes du modèle de résolution de problèmes sur une situation réelle (pas fictive).
  • Ne pas présenter l'évitement comme systématiquement « mauvais » — une pause délibérée avant d'agir peut être adaptative
  • Avec les clients résistants : commencer par des situations neutres (difficulté au travail, conflit) avant les situations à risque
  • L'absence de compétences de résolution de problèmes peut être liée à des déficits cognitifs — adapter le niveau de complexité de l'exercice

Pour chaque colonne, décrivez comment vous avez fait face à des problèmes dans le passé. Repérez votre style dominant et réfléchissez à des alternatives.

Exercice 10 – Journal quotidien des fantasmes & pensées sexuelles Annexe 13
Monitoring quotidien des pensées/fantasmes selon leur nature (D = déviant / A = adapté), durée et intensité — Programme régulier, séances 69-74

Suivre quotidiennement la nature (déviante D / adaptée A), la durée et l'intensité des pensées et fantasmes sexuels afin d'objectiver leur évolution en cours de traitement comportemental (Annexe 13 du programme régulier, séances 66-74). Outil de monitoring clinique — supervisé obligatoirement.

Obsession sexuelle comme facteur criminogène : Hanson & Bussière (1998) identifient la compulsion sexuelle parmi les prédicteurs les plus robustes de récidive sexuelle. Environ 30-40 % des PPSMJ présentent une obsession sexuelle cliniquement significative. Le journal permet d'objectiver l'évolution en réponse aux interventions (satiété, masturbation dirigée, ISRS).

Techniques associées : satiété (répétition de fantasmes déviants en période réfractaire post-orgasme — Marshall, 1975), masturbation dirigée vers des stimuli adaptés (Laws & Marshall, 1991), aversion olfactive/ammoniac (Garcia et al., 1966). Le journal évalue l'efficacité de ces interventions semaine par semaine.

Usage exclusivement supervisé. Cet outil ne doit jamais être utilisé sans encadrement clinique qualifié. Il ne vise pas à amplifier les pensées déviantes mais à les monitorer comme un médecin mesure la température.
  1. Expliquer l'objectif sans jugement : « Comme un médecin mesure la température — l'observation n'aggrave pas le symptôme. »
  2. Le client note chaque pensée/fantasme sexuel survenu dans la journée : nature (D/A), durée (L/M/C), intensité (1-2-3).
  3. Révision hebdomadaire avec le thérapeute : identifier les tendances (augmentation D, diminution, stagnation).
  4. Relier aux événements de la semaine : quel état émotionnel ou situation précédait les pensées déviantes ?
  5. Ajuster les interventions comportementales en fonction des données du journal.
  • Certains clients peuvent ruminer davantage en portant attention à leurs pensées — surveiller et arrêter si aggravation clinique
  • Ce journal ne doit jamais être utilisé comme preuve juridique — confidentialité stricte
  • Adapter la fréquence de révision selon l'état clinique : quotidienne en phase aiguë, hebdomadaire en phase de stabilisation
Usage professionnel supervisé exclusivement. Cet outil (Annexe 13 du programme régulier) est un instrument de monitoring clinique utilisé dans le cadre du traitement de la sexualité déviante. Il ne doit jamais être utilisé sans encadrement thérapeutique qualifié. Les données restent dans votre navigateur.

Pour chaque entrée : indiquer la nature de la pensée (D = déviante / A = adaptée), sa durée (L = longue, M = moyenne, C = courte) et son intensité (1 = faible, 2 = modérée, 3 = forte). Cela permet d'objectiver l'évolution semaine après semaine.

Nouvelle entrée
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Évolution de l'intensité émotionnelle
Exercice 10b – Exposition sexuelle hebdomadaire & pulsions Annexe 14
Relevé hebdomadaire des actes de soulagement sexuel et des pulsions — Programme régulier, séances 66-74

Suivre hebdomadairement la fréquence des actes de soulagement sexuel et l'intensité des pulsions afin d'évaluer l'évolution de l'obsession sexuelle et l'efficacité des interventions comportementales (Annexe 14 du programme régulier, séances 66-74).

Données normatives : la fréquence des comportements sexuels est extrêmement variable. Chez les hommes de 15-25 ans : de 1 fois/jour à 1 fois toutes les 2-3 semaines. Cette fourchette se réduit avec l'âge mais reste large. L'obsession sexuelle se définit non par la fréquence absolue mais par le sentiment d'incontrôlabilité et la perturbation de la vie quotidienne.

Kafka (2007) : les comportements sexuels compulsifs impliquent une perte de contrôle sur des comportements sexuels normaux. Le relevé hebdomadaire permet de distinguer une hypersexualité cliniquement significative d'une variation normale et de mesurer l'effet des interventions (pharmacologiques ou comportementales).

  1. Expliquer l'absence de jugement normatif : « Il n'y a pas de fréquence normale — nous cherchons juste à voir comment ça évolue. »
  2. Le client note chaque semaine le nombre d'actes de soulagement sexuel et l'intensité des pulsions (0-10).
  3. Révision mensuelle avec le thérapeute : tendance générale (diminution, stabilisation, augmentation).
  4. Relier aux interventions : « La semaine où vous avez pratiqué la satiété, qu'observez-vous sur le graphique ? »
  5. Ajuster le plan thérapeutique si les données montrent une aggravation persistante.
  • Outil de monitoring — ne pas l'utiliser comme instrument de contrôle ou de surveillance judiciaire
  • Confidentialité stricte : le contenu ne peut pas être transmis sans consentement explicite du client
  • Si les données montrent une aggravation : réévaluer le plan de traitement, envisager une consultation psychiatrique pour pharmacothérapie
  • Ne jamais comparer les données entre clients — la variabilité inter-individuelle est très grande
Outil de monitoring clinique supervisé. L'Annexe 14 du programme régulier permet d'évaluer l'évolution de l'obsession sexuelle et l'efficacité des interventions comportementales semaine par semaine. Usage professionnel exclusif.

Pour chaque semaine : noter le nombre d'actes de soulagement sexuel (masturbation / rapports) et l'intensité des pulsions. La fréquence normale chez les hommes de 15-25 ans : de 1 fois/jour à 1 fois toutes les 2-3 semaines. Cette fourchette se réduit avec l'âge mais reste étendue.

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Référence 11 – Schéma de la réponse sexuelle masculine
Comprendre le cycle de la réponse sexuelle (Masters & Johnson) – Module sexualité saine (séances 63-65)

Comprendre le cycle physiologique de la réponse sexuelle (Masters & Johnson, 1966) afin de démystifier la sexualité, normaliser les variations individuelles, identifier la période réfractaire comme base physiologique de la satiété, et distinguer une sexualité épanouissante d'une sexualité compulsive ou déviante.

Masters & Johnson (1966) : 5 phases de la réponse sexuelle masculine (excitation, plateau, orgasme, résolution, période réfractaire). La période réfractaire — état de non-réponse sexuelle post-orgasmique — est la base physiologique de la technique de satiété (Marshall, 1975) : pendant cette phase, les fantasmes déviants répétés ne sont pas renforcés et s'éteignent progressivement.

Éducation sexuelle et consentement : de nombreux PPSMJ présentent des lacunes dans leur éducation sexuelle de base. Cette section aborde le consentement (FRIES : Freely given, Reversible, Informed, Enthusiastic, Specific), les comportements normaux et la satisfaction mutuelle dans une relation.

  1. Présenter le schéma SVG du cycle de réponse sexuelle avec un discours factuel et non-stigmatisant.
  2. Ouvrir la discussion : « Qu'est-ce que vous n'avez jamais vraiment compris sur le fonctionnement sexuel ? » (questions anonymisées si besoin).
  3. Aborder le consentement : définition, critères FRIES, exemples concrets, jeux de rôle sur la négociation.
  4. Identifier ensemble les signaux d'alerte : sexe comme régulation émotionnelle, compulsion, fantasmes intrusifs non désirés.
  5. Expliquer le mécanisme de la période réfractaire comme outil thérapeutique (base de la satiété).
  • Adapter le niveau de langage — certains clients ont une éducation sexuelle très lacunaire ou erronée
  • Aborder ces sujets sans pudeur excessive mais sans voyeurisme — ton factuel et bienveillant
  • Identifier les croyances erronées sur le consentement dès les premières séances — certaines distorsions cognitives sont très ancrées
  • En groupe mixte (victimes d'adultes + d'enfants) : adapter les exemples pour éviter les déclencheurs involontaires
Ce schéma est utilisé dans le cadre du module Sexualité saine pour normaliser la réponse sexuelle humaine, aborder les dysfonctions et distinguer une sexualité épanouissante d'une sexualité compulsive ou déviante.
Temps → Excitation → Orgasme Excitation Plateau Orgasme Résolution Réfractaire Période réfractaire : rechargement physiologique
Cycle de réponse sexuelle masculine (Masters & Johnson, 1966) — adapté Yoon et al. (2012)
Sexualité saine
  • Consentement mutuel explicite et enthousiaste
  • Satisfaction des deux partenaires
  • Honnêteté et communication ouverte
  • Absence de contrainte, de honte ou de culpabilité
  • Respect des limites de l'autre
Signaux d'alerte
  • Pensées sexuelles intrusives et incontrôlables
  • Utiliser le sexe pour réguler une émotion négative
  • Fantasmes impliquant la contrainte ou des mineurs
  • Masturbation compulsive perturbant la vie quotidienne
  • Incapacité à s'arrêter malgré les conséquences
Référence 12 – Modèle d'attachement adulte (Bartholomew, 1990)
Visualiser les 4 styles d'attachement dans le modèle bidimensionnel

Visualiser les 4 styles d'attachement adulte dans le modèle bidimensionnel de Bartholomew (1990) et comprendre les patterns relationnels associés. Ce schéma sert d'introduction au questionnaire sur l'attachement (Exercice 5) et au module interpersonnel des séances 44-61 du programme régulier.

Bartholomew & Horowitz (1991) : deux dimensions organisent les styles d'attachement adulte — la vision de soi (positive : mérite d'être aimé / négative : indigne d'amour) et la vision des autres (positive : dignes de confiance / négative : rejetants). Les 4 styles résultant (Sécure, Préoccupé, Craintif, Détaché) déterminent les stratégies relationnelles habituelles.

Ward et al. (1995) : les styles insécurisés (particulièrement Craintif et Préoccupé) sont surreprésentés chez les PPSMJ comparativement à la population générale. Ils créent une solitude émotionnelle chronique et une incapacité à satisfaire les besoins d'intimité de manière adaptée — facteur criminogène chronique majeur lié aux infractions sexuelles.

  1. Présenter le graphique des quadrants avec les 2 dimensions expliquées sans jargon technique.
  2. Demander aux clients de se positionner intuitivement sur chaque axe avant de voir les étiquettes des styles.
  3. Discuter des implications de chaque style sur les relations intimes, professionnelles et sociales.
  4. Relier au questionnaire d'attachement (Exercice 5) pour une évaluation chiffrée individualisée.
  5. Question de réflexion : « Comment votre style d'attachement a-t-il influencé vos relations les plus importantes ? »
  • Les étiquettes (« Craintif », « Détaché ») peuvent être perçues comme stigmatisantes — insister sur le caractère appris et modifiable de ces styles
  • Ne pas sur-interpréter : un style d'attachement n'explique pas à lui seul le passage à l'acte — c'est un facteur parmi d'autres
  • Certains clients s'identifient spontanément au style Sécure pour éviter la réflexion — explorer avec des exemples concrets de leurs relations passées
VUE DE SOI POSITIVE (+) VUE DE SOI NÉGATIVE (−) VUE DES AUTRES (−) VUE DES AUTRES (+) DÉTACHÉ Vue de soi + / Vue des autres − Indépendant, distant N'a pas besoin des autres Blâme les autres Faible niveau d'intimité SÉCURE Vue de soi + / Vue des autres + À l'aise avec l'intimité Cherche le soutien émotionnel Réciprocité dans les relations Niveau d'intimité élevé PRÉOCCUPÉ Vue de soi − / Vue des autres + Cherche l'approbation Dépendant affectif Satisfait besoins via le sexe Intimité instable et insatisfaisante CRAINTIF Vue de soi − / Vue des autres − Désire l'intimité mais craint le rejet Distance protectrice Intimité superficielle, insatisfaisante
Modèle d'attachement adulte bidimensionnel (Bartholomew & Horowitz, 1991)
Utilisation en séance : Après avoir présenté ce schéma, demander à chaque client de s'identifier dans l'un des quatre quadrants. Discuter de comment ce style s'est formé (attachement précoce) et comment il influence les relations actuelles. Relier aux difficultés interpersonnelles identifiées dans l'autobiographie.

Supports pédagogiques & Fiches téléchargeables

Toutes les fiches d'activité du programme K-MIDSA, conformes aux annexes du rapport de Yoon et al. (2012). Générées directement dans votre navigateur — aucun serveur, aucun compte requis. Téléchargement Word en un clic.

Usage professionnel exclusif. Ces supports sont destinés aux CPIP, psychologues et professionnels habilités dans le cadre d'un suivi judiciaire ou pénitentiaire. Ils ne doivent pas être utilisés sans encadrement clinique approprié. Les fiches reproduisent les annexes du manuel K-MIDSA (Yoon et al., 2012).
Comment utiliser ces fiches ?
En groupe (programme K-MIDSA)
  1. Sélectionner la fiche correspondant à la séance (voir colonne « Séances »)
  2. Télécharger le .docx et imprimer un exemplaire par participant
  3. Suivre les consignes et points de vigilance détaillés ci-dessous
  4. Conserver les fiches remplies dans le dossier clinique du participant
En individuel (SPIP / Injonction de soins)
  1. Utiliser la fiche comme support d'entretien semi-structuré
  2. Le client peut remplir entre deux séances (devoir) puis débriefer
  3. Le CPIP peut annoter ses observations dans les marges
  4. La fiche complétée peut être jointe au rapport de suivi judiciaire
Récapitulatif des 8 fiches
# Titre de la fiche Séances Annexe source Télécharger

Détail de chaque fiche — Objectif · Théorie · Consignes · Vigilance

Glossaire des termes clés

Définitions des principaux termes techniques du programme K-MIDSA, classées par ordre alphabétique. Utilisez la barre de filtrage pour rechercher un terme spécifique.

Classement alphabétique
Bibliographie principale — Références citées dans ce glossaire

Andrews, D.A. & Bonta, J. (2006). The psychology of criminal conduct (4e éd.). Anderson Publishing.

Bartholomew, K. & Horowitz, L.M. (1991). Attachment styles among young adults. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226-244.

Baumeister, R.F. (1990). Suicide as escape from self. Psychological Review, 97(1), 90-113.

Bourgon, G. & Armstrong, B. (2005). Transferring the principles of effective treatment into a "real world" prison setting. Criminal Justice and Behavior, 32(1), 3-25.

Garcia, J., Ervin, F.R. & Koelling, R.A. (1966). Learning with prolonged delay of reinforcement. Psychonomic Science, 5(3), 121-122.

Hanson, R.K. & Bussière, M.T. (1998). Predicting relapse: A meta-analysis of sexual offender recidivism studies. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 66(2), 348-362.

Kafka, M.P. (2007). Paraphilia-related disorders. Dans S.R. Leiblum (Éd.), Principles and practice of sex therapy (4e éd.). Guilford Press.

Knight, R.A. (2009). MIDSA Clinical Manual. Sinclair Seminars.

Lazarus, R.S. & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer.

Laws, D.R. & Marshall, W.L. (1991). Masturbatory reconditioning with sexual deviants. Advances in Behaviour Research and Therapy, 13(1), 13-25.

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